«Paradoxalement, ce sont les touristes étrangers qui sont plus nombreux à voyager sur le Baïkal», relève Igor Kovalenko, directeur de l’agence Spoutnik, l’un des plus grands voyagistes de la région d’Irkoutsk.
Quelque 50000 touristes étrangers s’y rendent chaque année en passant par Irkoutsk.
Le prix d’un séjour d’une semaine s’élève à 1000 dollars, une somme trop élevée pour un Russe moyen qui préfère passer ses vacances en Turquie, pour trois fois moins cher.
À l’époque soviétique, les voyages de touristes étrangers au Baïkal étaient limités. Aujourd’hui, Allemands, Américains, Suisses, Belges ou Néerlandais viennent découvrir ce lac sibérien mystérieux et changeant.
Pour beaucoup d’entre eux, le Baïkal n’est pas la destination finale, mais un point de transit : ils continuent ensuite leur voyage vers la Mongolie et la Chine.
Selon M. Kovalenko qui copréside le conseil du tourisme de l’administration locale, le principal obstacle au développement du tourisme est le manque d’infrastructures.
Les hôtels sont soit très chers, soit se résument à des bâtiments gris et vétustes qui n’ont pas été reconstruits depuis l’époque soviétique. Il y a peu de restaurants et la population locale a du mal à mettre en valeur la cuisine traditionnelle.
Trois réserves et trois parcs nationaux sont situés autour du lac, et « il y a beaucoup de difficultés bureaucratiques pour louer des terres et y construire des bases touristiques», souligne Rouslan Popov, responsable d’une petite base sur l’île Olkhon, au cœur du Baïkal.
Beaucoup d’endroits très beaux restent inaccessibles: il n’y a pas de route terrestre et on ne peut y pénétrer qu’en bateau.
Les écologistes et scientifiques appellent à développer le tourisme dans la région avec beaucoup de prudence.
« Dans la baie de Sable, où les touristes sont très nombreux, une quinzaine de plantes endémiques (qui n’existent nulle part ailleurs) ont disparu», assure Elena Grocheva, directrice de l’institut de toxicologie à Baïkalsk, mettant en garde contre «l’influence négative du facteur anthropologique» sur l’environnement du lac.
«Le Baïkal, c’est une rencontre avec la nature. Si l’on y construit de grands hôtels, il perdra son charme», estime Nikita Bentcharov qui accueille une cinquantaine de touristes dans un petit village sur l’île Olkhon.
Pour les autorités locales, c’est le camping sauvage qui cause le plus de dommages à la nature.
Vladimir Melnikov, directeur du parc national Zabaïkalski, situé dans le sud du Baïkal, s’oppose à une augmentation du nombre de campeurs, « qui laissent beaucoup de déchets » dans la nature, mais il soutient le développement du tourisme « écologique ».
«Il faut créer une infrastructure qui n’exerce pas d’influence négative sur l’environnement du Baïkal», souligne M. Kovalenko. «Le développement du tourisme écologique va permettre de préserver le Baïkal et donner des emplois supplémentaires aux habitants de la région. Mais pour cela il faut des investissements étrangers et une aide gouvernementale», conclut-il.


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