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Un accessoire « trop » : le chapeau(photos)

Dans notre jargon, un chapeau, ce sont les quelques lignes de présentation qui introduisent un papier. Ça doit être racoleur, un chapeau, un petit air « suivez-moi », qui dit tout sans rien dire, qui donne envie de connaître la suite… avant la « chute » qui, elle, doit être – idéalement – ascensionnelle, comme une tempête finale emportant le tout, et le chapeau, et le corps du sujet et le lecteur qui s’y laisserait prendre. Côté galurin, la comparaison n’est pas si lointaine.

Feutre, tarbouche
et quant-à-soi
Le couvre-chef des hommes est fait par un chapelier, personnage entouré de feutre, de silence et de vapeurs. Sous la fumée qui nimbe ses moules, on croirait distinguer des cerveaux qui éclosent en secret, le chapeau donnant sa forme à une intelligence neuve ou pour le moins à un nouvel état d’esprit, ou encore à un nouveau statut. Car on est autre, sous le chapeau. On est un être « social » qui affirme son appartenance, sérieux comme un personnage de Magritte, comme un financier de la « City », ou gorgé de quant-à-soi comme un Dupond-t. On est celui qui sort de sa voiture et porte son feutre à sa poitrine pour saluer le passage d’un cortège funèbre. On est celui qui a gardé le tarbouche par refus de la reptation occidentale, ou encore celui qui l’a mis au rancart, justement pour afficher son adhésion au progrès. Ainsi le tarbouche, au Liban, est désormais l’apanage des chasseurs des grands hôtels dont le pompon de soie noire sautille en réclamant pourboire. Folklore, marginalité, dégradation. Rien à voir avec le Maroc, par exemple, où le roi arbore fièrement sa chéchia en guise de couronne.

Deux camps
Quant aux femmes, leurs chapelières sont des « modistes ». Et dans modiste, entendre « mode » et entendre « modestie ». Longtemps le chapeau des femmes leur a servi de vertu, comme aujourd’hui le voile. Longtemps elles ont pu rougir en paix sous ses rebords, répondre sans être vues à des regards pressants, laisser aller leurs grands deuils sous leurs voilettes noires, et garder la blancheur de leur peau à l’ombre de la paille où percent malgré tout des rayons indiscrets. Et quand Proust titrait « À l’ombre des jeunes filles en fleurs », on n’imaginait rien d’autre que des visages à contre-jour, irradiés de sourires coquins camouflés sous un printemps entier, épinglé dans la matière légère qui serrait les cheveux. Longtemps, il n’y a pas si longtemps, le chapeau fut nécessaire. Son allure transformait la toilette la plus humble. À lui seul, il annonçait son personnage. Et tout à coup plus rien. Capelines, bibis, panamas et autres turbans ne survivent plus que dans les loges de théâtre où ils tiennent des rôles d’un autre âge. Tout à coup quelqu’un a dénoncé l’aspect excessif, ostentatoire du chapeau .
Car celui-ci, cruel, avait partagé les femmes en deux camps : les élégantes et les ridicules. Et comme il est difficile de savoir auquel on appartient, un seul a résisté à la débâcle: celui des audacieuses. Mais elles, on leur a souvent dit qu’elles avaient « une tête à chapeau ». Et souvent, en douce, elles se sont amusées, dans ce rayon curieux des grands magasins, à des essayages pour rire devant les psychés où, à raison, elles se trouvaient irrésistibles. Elles craquaient alors comme des gamines, caressant au retour le carton où reposait, sournois comme un achat honteux, l’objet de leur plaisir. Il en restera quelques photos, le souvenir joyeux d’un pique-nique, d’un mariage, d’une course de chevaux ou de quelque occasion qui s’y prêtait. Le bonheur qu’on y devine est celui de la désinvolture. Sur le chapeau, une plume leur est une aile, un fruit les emporte dans le parfum des vergers, une fleur les égare parmi les coquelicots. De toute leur allure, elles expriment la légèreté de qui irait la tête dans les nuages. Elles ont un « port »… À ce propos, Elizabeth II expose les siens jusqu’en avril.

Elizabeth II, une reine coiffée d’extravagance

«Le style unique» d’Elizabeth d’Angleterre symbolisé par ses coiffes extravagantes s’exhibe royalement dans les appartements londoniens de Kensington Palace – ancienne résidence de Lady Diana – jusqu’en avril prochain. Tels les joyaux de la couronne, les quelque soixante-dix couvre-chefs de cette collection originale trônent avec panache, pour la toute première fois, au sein de quatre vitrines savamment éclairées.
Aussi incongrus et nombreux soient-ils, ils ont tous fait l’objet d’une conception scrupuleuse, soumise à un strict protocole.
Du reste, chaque pièce, témoin d’un bout d’histoire du royaume, s’accompagne d’une photo de son heure de gloire quand elle fut juchée au sommet d’Elizabeth, à l’instar de ce petit chapeau de fine paille rose agrémenté d’une guirlande de minuscules roses en soie – le plus ancien de la collection – qui coiffait en 1933 la reine alors âgée de 7 ans.
Fruits du talent d’une poignée de maîtres-chapeliers, tous ces précieux bibis font partie de l’indispensable «attirail» qui se doit d’être «pratique et élégant» afin que Sa Majesté puisse assumer remarquablement son «emploi», tel ce bonnet en velours noir, sur lequel se dresse une insolite tige de 5 cm dans le même tissu, que la reine porta aux obsèques nationales de Winston Churchill en 1965. «Le style de Sa Majesté est très difficile à définir. La reine a suivi la mode en douceur sans jamais y être asservie», estimait Joanna Marscher, la conservatrice de Kensington Palace, lors de l’inauguration de l’exposition. «Elle choisit ses vêtements, au final, pour assumer un travail et elle assume ce travail extraordinairement», soulignait-elle encore.
«Si un chapeau est trop large, il risque de s’envoler d’un coup de vent et de jeter une ombre sur le visage (de la reine)», indique l’audio-guide introduisant le visiteur dans la salle dédiée aux galurins royaux. Lorsque la souveraine se rend sous des cieux aux températures plus torrides que ceux d’Angleterre, «il est important que le chapeau soit conçu dans une paille fine, une soie ou un tulle», relève encore la voix enregistrée. «Je me souviens en avoir déjà vu quelques-un», en photo dans les magazines, déclare fièrement une touriste néo-zélandaise devant la grande vitrine qui rassemble le gros de la collection.
«Oui, moi aussi. Ils sont glorieux», répond en jubilant son acolyte dont l’âge avoisine probablement celui de Sa Majesté.
Elizabeth II, sur le trône d’Angleterre depuis 1952, a toujours mis un point d’honneur à participer personnellement à la conception de ses coiffes en discutant, avec ses chapeliers, la couleur, la forme, le style, le symbole et les raisons d’être de chaque nouvelle pièce. En visite officielle à l’étranger, le chapeau de la souveraine devra véhiculer le respect et la connaissance britanniques de la culture et des traditions locales, tel celui conçu en vue de son voyage en Arabie saoudite en 1979, en soie turquoise ajusté d’un long voile de plumes de même couleur, camouflant élégamment les royales épaules. Il fut imaginé par Frederick Fox, chapelier australien au service de la reine depuis 1968. C’est encore lui qui créa cet étrange petit turban rose bonbon surplombé d’une cascade de 25 petites cloches de même couleur accrochées par autant de fins cordons vert menthe. «C’est certainement l’une des coiffes les plus connues» de la reine, souligne le guide électronique en précisant qu’elle l’avait portée, photo à l’appui, pour l’ouverture des Jeux olympiques de Toronto (Canada) en 1976 et à nouveau à l’occasion de son jubilé d’argent célébré dans la cathédrale St Paul à Londres. «Mon chapeau le plus photographié», déclarait fièrement Frederick Fox récemment. Il vaut en effet le cliché!

Les maîtres-chapeliers de Sa Majesté

Les remarquables chapeaux que la reine d’Angleterre a portés tout au long de son règne ont été conçus par une poignée de chapeliers établis en Grande-Bretagne mais aux nationalités variées.
– Aage Thaarup, d’origine danoise, s’est établi à Londres dans les années 30, après Berlin et Paris. Il a créé ses premiers chapeaux pour la princesse Elizabeth et future reine, en 1947.
– La Britannique Kate Day est entrée au service d’Elizabeth II aux premières heures de son règne, en 1952. Elle fut introduite auprès de Sa Majesté par l’intermédiaire d’un ami, Norman Hartnell, un des couturiers favoris de la reine.
– Simone Mirman, née en France et disciple du célèbre chapelier Rose Valois, s’était établie à Londres après la Seconde Guerre mondiale. C’est tout d’abord la princesse Margaret qu’elle a compté parmi sa clientèle au début des années 50, avant de s’occuper des couvre-chefs de la reine-mère à partir de 1960. C’est en 1965 qu’elle conçoit les premiers chapeaux d’Elizabeth II.
– Frederick Fox, un Australien, s’est installé à Londres en 1958 et a commencé à travailler avec le célèbre chapelier Otto Lucas. En 1964, il prend la tête de la maison Langée puis très vite travaille sous son propre nom. En 1968, il est appelé à pratiquer son art pour Elizabeth II.
– Marie O’Regan, née en France, comme son confrère Frederick Fox, s’est établie à Londres et a travaillé chez Otto Lucas. C’est en 1993, à la mort de Ian Thomas, couturier de la reine avec lequel elle collaborait, qu’elle la coiffe en nom propre de ses créations.
– Philip Sommerville, Néo-Zélandais, sorti lui aussi de l’école Otto Lucas et collaborateur de Ian Thomas, est le dernier chapelier en date de Sa Majesté. Entré à son service en 1994, il est le créateur du chapeau de soie pourpre au panache de plumes noires que porta dans un style chevaleresque la reine Elizabeth à l’ouverture du nouveau Parlement écossais en 1999.

L’Afrique, d’Est en Ouest, veut exporter sa mode

Le défilé de mode organisé dans un grand hôtel de Nairobi par la Société des créateurs du Kenya (Design Society of Kenya, Desk) fera date: c’est la première initiative collective de stylistes du pays.
«Les créateurs kenyans veulent se faire connaître à l’étranger, en France, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, où la notion de mode africaine est synonyme jusqu’ici d’Afrique de l’Ouest», explique Molly Mungai, présidente de la section mode de la Desk et organisatrice du défilé.
Ici comme ailleurs, le marché afro-américain fait rêver. Alphadi, le célèbre couturier originaire du Niger, qui, lui, s’est déjà exporté à travers le monde, l’estime à 400 millions de dollars par an.
«Rien qu’un pour cent de ce marché serait significatif chez nous», rêve Molly...
Ils étaient une quinzaine à participer au premier «défilé unitaire», qui inaugure au Kenya un nouveau partenariat, noué avec le ministère de la Culture et des organisations patronales du secteur privé, souligne Molly.
Il ne s’agit jusqu’ici que de très petites entreprises, employant au maximum une quinzaine de salariés, et qui n’exportent qu’exceptionnellement, vendant plutôt à la clientèle expatriée, nombreuse à Nairobi, souligne Ann Mc Creath, une créatrice britannique établie de longue date au Kenya.
Alphadi, président de la Fédération des créateurs africains, a déclenché un «changement radical» au Kenya en juin dernier, affirme Evelyn Mungai, la belle-mère de Molly, qui a ouvert à Nairobi, voici 27 ans, la première école de stylisme d’Afrique de l’Est, souligne-t-elle.
Invité vedette de la troisième édition de la Semaine kenyane de la mode, Alphadi a appelé à «utiliser la mode comme outil de développement et à créer des emplois sur le continent».
Ses vingt magasins dans le monde entier génèrent jusqu’à 10 millions de dollars de chiffre d’affaires par an, a-t-il expliqué.
«Je les investis dans l’industrie africaine, où je trouve la plupart de mes matières et idées», a-t-il ajouté.
La mode peut être un facteur de développement économique pour l’Afrique, et c’est un « élément de culture », a-t-il plaidé.
Il a touché un point sensible: contrairement aux Africains de l’Ouest, les Kenyans ne portent pratiquement plus de costumes traditionnels.
Des députés ont joué récemment les provocateurs en venant siéger ainsi vêtus au Parlement, défiant le règlement intérieur datant de la colonisation britannique.
«Les Kenyans doivent retrouver leurs racines, perdues pendant la colonisation pour ce qui est du costume», souligne Evelyn.
Si la mode originaire d’Afrique de l’Ouest est plus connue, elle n’y constitue pas encore pour autant un facteur important du PIB.
Au Sénégal, on recense «une vingtaine de créateurs bien assis et très valables», selon la styliste Diouma Dieng, présidente de l’association «Couturiers et créateurs associés du Sénégal (CCAS)».
Dans notre jargon, un chapeau, ce sont les quelques lignes de présentation qui introduisent un papier. Ça doit être racoleur, un chapeau, un petit air « suivez-moi », qui dit tout sans rien dire, qui donne envie de connaître la suite… avant la « chute » qui, elle, doit être – idéalement – ascensionnelle, comme une tempête finale emportant le tout, et le chapeau, et le corps du sujet et le lecteur qui s’y laisserait prendre. Côté galurin, la comparaison n’est pas si lointaine.Feutre, tarboucheet quant-à-soiLe couvre-chef des hommes est fait par un chapelier, personnage entouré de feutre, de silence et de vapeurs. Sous la fumée qui nimbe ses moules, on croirait distinguer des cerveaux qui éclosent en secret, le chapeau donnant sa forme à une intelligence neuve ou pour le moins à un nouvel état d’esprit, ou...