Depuis l’annonce de ces réformes, les mises en garde se sont multipliées contre le risque d’une mainmise étrangère sur les richesses irakiennes et les prises de décisions économiques.
Un responsable du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), l’hodjatoleslam Sadreddine al-Koubbanji, tout en accueillant favorablement les investissements étrangers, a indiqué que ceux-ci devaient se faire selon des critères bien déterminés.
« Les investissements étrangers sont bons mais doivent se faire selon des critères fixés par le Conseil de gouvernement transitoire irakien et garantir la protection des capitaux nationaux », a-t-il dit lors d’un prêche.
Kamal Kilani a annoncé la possibilité pour les firmes étrangères de contrôler 100 % d’une entreprise irakienne, sauf dans le secteur pétrolier, dans le cadre de réformes qui portent également sur le secteur bancaire, la fiscalité et les droits de douane.
Le Parti communiste irakien a catégoriquement rejeté les réformes, présentées lors des réunions du Fonds monétaire international la semaine dernière à Dubaï, y voyant un moyen d’anéantir la production nationale.
« L’objectif principal de ce programme est d’anéantir la production nationale ainsi que toute l’infrastructure de l’économie irakienne pour la remettre entre des mains étrangères et entraîner des milliers de licenciements », affirme le Parti communiste, dans un communiqué intitulé « L’Irak est mis en vente ».
Le jeune imam radical chiite Moqtada al-Sadr a réclamé l’annulation pure et simple de la décision du ministre des Finances. « La décision doit être annulée par le Conseil de gouvernement, sinon nous prendrons des mesures contraires », a-t-il dit durant un prêche dans la mosquée de Koufa.
Les réformes interviennent avant une réunion des donateurs prévue à Madrid les 23 et 24 octobre pour la reconstruction de l’Irak, laquelle peine à démarrer avec la flambée de violences.
Des responsables irakiens ont dit souhaiter des engagements de l’ordre de 70 milliards de dollars pour financer la reconstruction sur une période de quatre à cinq ans.
Des hommes d’affaires et des économistes irakiens ont aussi critiqué sans ambages les nouvelles réformes.
« Les responsables irakiens sont en train de brader les richesses de l’Irak, le peuple sera totalement dépossédé », affirme un homme d’affaires qui a requis l’anonymat.
Même confusion dans les sphères dirigeantes : après l’annonce des réformes, une série de communiqués et de contre-communiqués sur la politique d’investissement ont été publiés par le Conseil de gouvernement.
Dans un premier texte publié mercredi, le Conseil a clairement fait marche arrière sur les mesures annoncées, « affirmant qu’elles n’étaient pas officielles », provoquant une vive réaction de la délégation du Conseil ayant participé aux réunions du FMI.
Dans un autre communiqué jeudi, il affirme que l’annonce de M. Kilani était conforme à la loi sur les investissements.
Un porte-parole de l’Autorité provisoire de la coalition, Charles Heatley, a relancé samedi la polémique sur l’investissement en parlant « d’ordonnance cosignée par l’administrateur en chef de l’Irak Paul Bremer dont les détails ont été discutés de façon approfondie entre la coalition et le Conseil de gouvernement qui l’a adoptée ».


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