Linh et ses amis ont marqué leur appartenance au Vietnam nouveau, il y a deux ans, lorsqu’ils ont fait venir un tatoueur dans une chambre d’hôtel pour colorer leur chute de reins. La mère de Linh n’a guère apprécié, au diapason d’un Vietnam marqué par la double influence du confucianisme et du communisme. « La plupart des Vietnamiens pensent que les tatoués sont des gens mauvais, mais les choses changent et les jeunes se tatouent comme un acte de mode », affirme la jeune femme. Dans les bars et discothèques de l’ex-Saigon, qui fut toujours à l’avant-garde de l’influence occidentale, les hommes affichent aussi ces signes de coquetterie. Tendance virile: fils barbelés et dragons autour des biceps. Derrière cette nouvelle tendance, l’influence de la pègre n’est pourtant pas très loin. Ainsi, lorsque Ha, 24 ans, a emmené son ami voir son tatoueur préféré, elle a appris qu’il était en prison. « Il était artiste à plein temps. Je pense qu’il a dû avoir des liens avec la mafia », dit-elle. Les amateurs de dessins agressifs et ostentatoires sont souvent d’anciens exilés aux États-Unis ou d’ex-réfugiés des camps de Hong Kong, ouverts pour accueillir les boat people et fermés à la fin des années 90. Certains appartenaient à ces gangs de Vietnamiens qui sévissent à Orange County, en Californie, ou à Houston et Chicago et s’appellent les Wolf Boys (Hommes loups) ou les Black Widows (Veuves noires).
Parfois, ils sont tatoués à la brûlure de cigarette pour désigner leur clan ou symboliser une devise, trois points en triangle signifiant « toi khong can gi ca » (Je n’ai besoin de rien), cinq points « tu hai giai huynh de » (Tous les hommes sont frères). Giang n’est pas vraiment le style de femme dont on attend qu’elle se prête à l’exercice. Cette petite femme au regard sévère, dont la nuque est ornée d’une couronne, vit pourtant de ses tatouages. « Il y a deux types de tatouages au Vietnam: ceux que les gens se faisaient auparavant, qui indiquent souvent un lien avec le crime, et les tatouages pour l’art et la beauté, résume-t-elle. La plupart des tatouages que je fais sont sexy. La majorité de mes clients sont des hommes et se tatouent sur les bras. Mais j’ai aussi beaucoup de femmes, certaines prostituées, d’autres des femmes ordinaires ».


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