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Traditions Les Équato-Guinéens font rimer magie noire et pétrodollars

Gris-gris, amulettes, parfums « préparés » : tous les moyens occultes sont bons en Guinée-Équatoriale pour récolter une part de l’argent du pétrole qui coule à flot depuis 10 ans. Même les sacrifices humains.
Ministres, députés, fonctionnaires, commerçants, policiers et militaires consultent leur marabout ou féticheur personnel, dans l’espoir d’obtenir ou conserver une place au soleil de ce petit Eldorado d’Afrique centrale. Un marabout ouest-africain a récemment été surpris alors qu’il déterrait le mouton que son client lui avait demandé d’inhumer pour obtenir un emploi dans une société pétrolière. Ces méthodes, jadis pratiquées dans le seul arrière-pays, sont devenues le gagne-pain de la myriade de professionnels du mysticisme qui a envahi Malabo, capitale de ce petit pays hispanophone du golfe de Guinée.
Leur panoplie passe des gris-gris confectionnés à partir d’un objet subtilisé à une personne pour influencer ses décisions, au « kidnapping » des esprits, en passant par le « Kong », qui provoque la mort d’une personne dont l’esprit réincarné servira plus tard comme esclave. La vogue est également aux parfums « préparés ». On s’en sert pour envoûter son patron et décrocher une promotion.
« Certains disent que nous sommes des sorcières, mais ils se trompent. Nous sommes comme les médecins. Nous soignons par des méthodes qui remontent aux temps de nos ancêtres, ignorées par la plupart des gens », se défend Felisa, une féticheuse équato-guinéenne. « Depuis que je suis à Malabo, je soigne tout le monde. Vous seriez même surpris de l’identité de certains de mes malades. D’ailleurs mon temple a été construit par une forte personnalité » du pays, ajoute-t-elle fièrement.
Certains de ces personnalités en vue, qui constituent le gros de la clientèle des féticheurs, n’hésitent pas à recourir à des sacrifices humains au cours desquels sont prélevés des organes. Enfant, épouse, cousin : la victime doit avoir un lien de parenté avec son bourreau pour que le fétiche soit vraiment efficace, selon les connaisseurs. En août 2003, une femme enceinte de huit mois et sa fille d’une dizaine d’années, parentes d’une haute personnalité, ont été foudroyées le même jour par un mal inconnu, dans des circonstances jamais élucidées.
Les élections législatives, début 2004, font craindre une recrudescence de ces pratiques, dans ce pays d’environ un million d’habitants, propulsé en une décennie au rang de 3e producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, derrière le Nigeria et l’Angola. Face à l’ampleur du fétichisme dans le pays, le gouvernement a créé une direction au sein du ministère de la Santé pour contrôler cette activité.
Les « tradipraticiens » les plus crédibles se sont récemment regroupés au sein d’une association nationale de médecine traditionnelle (Asometrage). Mais certains habitants de Malabo ne décolèrent pas. Pour Antonio Nzang, ingénieur, ce sont « des analphabètes, des assassins condamnés à de lourdes peines qui se pavanent en liberté dans le pays, lorsqu’ils ne sont pas promus à des postes de responsabilité ».
Gris-gris, amulettes, parfums « préparés » : tous les moyens occultes sont bons en Guinée-Équatoriale pour récolter une part de l’argent du pétrole qui coule à flot depuis 10 ans. Même les sacrifices humains.Ministres, députés, fonctionnaires, commerçants, policiers et militaires consultent leur marabout ou féticheur personnel, dans l’espoir d’obtenir ou conserver une place au soleil de ce petit Eldorado d’Afrique centrale. Un marabout ouest-africain a récemment été surpris alors qu’il déterrait le mouton que son client lui avait demandé d’inhumer pour obtenir un emploi dans une société pétrolière. Ces méthodes, jadis pratiquées dans le seul arrière-pays, sont devenues le gagne-pain de la myriade de professionnels du mysticisme qui a envahi Malabo, capitale de ce petit pays hispanophone du golfe de...