23 mois après le déclenchement de la guerre contre le terrorisme, 60 000 soldats pakistanais et plus de 10 000 Américains du côté afghan butent essentiellement sur un problème : le manque d’informations.
« Un jour, j’ai demandé à Oussama le secret de sa survie », raconte le journaliste pakistanais Hamid Mir, qui a rencontré à quatre reprises le chef d’el-Qaëda entre 1998 et 2001. « Il m’a répondu : “ C’est très simple. Il n’existe plus de Lawrence d’Arabie. Personne qui puisse parler arabe à mes combattants, qui puisse réciter le saint Coran, qui puisse prier avec nous, qui puisse nous infiltrer ” », explique ce journaliste qui a été choisi par Ben Laden pour écrire sa biographie.
Quelque 500 membres présumés d’el-Qaëda ont été capturés depuis près de deux ans au Pakistan, dont certains gros poissons, mais il en reste à peu près autant en liberté, selon un haut responsable de la lutte antiterrorisme qui a requis l’anonymat.
Le journaliste pakistanais Rahimullah Yusufzaï, basé à Peshawar, capitale de la Province-Frontière du Nord-Ouest (NWFP) à 40 km de l’Afghanistan, juge que l’ennemi public numéro un des États-Unis se déplace en permanence des deux côtés des 2 400 km de la frontière afghano-pakistanaise.
« Il bouge, change de repaire sans arrêt, avec moins d’une vingtaine de gardes du corps avec lui. Pour échapper à la technologie américaine, il n’utilise que des bouts de papier pour communiquer », estime ce journaliste très proche de l’ancien régime fondamentaliste afghan des talibans.
La faiblesse des services de renseignements est aussi une raison du succès de Ben Laden à échapper aux recherches, malgré une prime de 25 millions de dollars offerte pour sa capture, dit-il.
« Si vous payez les gens pour parler, ils vous diront tout ce que voulez entendre, parce qu’ils en veulent seulement à vos dollars », explique Rahimullah Yusufzaï, qui a rencontré l’ex-Saoudien à plusieurs reprises entre 1998 et septembre 2001.
En juillet dernier, Hamid Mir s’est vu proposer une interview avec Ben Laden, près de la frontière afghano-iranienne. Face aux difficultés logistiques, l’interview a été abandonnée. « À cette époque, je crois qu’il devait être aux confins des frontières pakistanaise, afghane et iranienne », juge Hamid Mir.
Cette région, le « Triangle du Diable », paradis des contrebandiers en tous genres et des tribus les plus rebelles aux autorités, est la dernière où d’importantes recherches ont été entreprises, en vain, en mars dernier.
En juin, l’armée pakistanaise s’est déployée dans la région de Mohmand, la dernière des sept régions tribales pakistanaises – zones autonomes qui échappent à l’autorité d’Islamabad – où elle n’était pas présente.
« Bien sûr, nous recherchons Ben Laden au Pakistan (...) s’il y est », affirme le général Ali Mohammad Aurakzaï, le chef du contingent de 25 000 soldats qui se consacrent dans la NWFP à la recherche du leader d’el-Qaëda.
Les chefs tribaux, des Pachtounes dont l’hospitalité envers les fugitifs fait partie du code d’honneur, se défendent de toute complicité: « Nous n’offrons pas l’hospitalité à ceux qui posent une menace à l’humanité, aux terroristes », affirme Malik Hidayatullah, 65 ans, du clan Halimzaï.


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