Une impasse, au contraire, pourrait encourager les pays à conclure des accords bilatéraux, ce qui saperait le système multilatéral incarné par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et pourrait exacerber la rivalité entre blocs commerciaux.
« Un échec n’est pas une option envisageable. Cela enverrait un signal très dommageable au monde concernant les perspectives de reprise économique, et pourrait aboutir à des épreuves supplémentaires pour les travailleurs, particulièrement dans les pays les plus pauvres », a averti Supachai Panitchpakdi, directeur général de l’OMC. Supachai a la tâche, digne des travaux d’Hercule, de réconcilier les intérêts contradictoires des 146 membres de l’OMC afin qu’ils puissent, d’ici à la fin 2004, aboutir comme prévu à un accord global de renforcement du libre-échange.
Le dossier controversé de l’agriculture se trouve au cœur des négociations, et deux jours d’escarmouches préliminaires ont montré que les discussions n’ont guère avancé depuis leur lancement à Doha, au Qatar, en novembre 2001.
Les pays pauvres demandent aux riches de tenir les promesses alors faites d’amputer de 300 milliards de dollars les subventions qu’ils allouent chaque année à leurs agriculteurs, une somme six fois plus importante que celle versée pour l’aide au développement.
Les pays pauvres accusent ces aides et des tarifs douaniers élevés de leur barrer l’accès aux marchés des pays riches. De plus, ils sont souvent concurrencés sur leurs propres marchés par des exportations fortement subventionnées venant de l’Union européenne (UE) et des États-Unis en particulier.
Les pays pauvres conscients
de leur poids
« Il est dans l’intérêt de tous que les pays riches réduisent, voire éliminent leurs taxes douanières et leurs aides à l’exportation dans le domaine de l’agriculture », a estimé hier Donald J. Johnston, secrétaire général de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), dans les pages de l’International Herald Tribune.
Les chiffres de l’OCDE montrent que les bien agricoles chez ses pays membres coûtent plus de 30 % plus chers que sur le marché mondial.
« Permettre aux pays en développement d’augmenter leurs exportations agricoles peut aider des millions de personnes à sortir de la pauvreté », ajoute-t-il.
« La croissance commerciale est essentielle pour la prospérité de l’économie mondiale. Mais elle ne pourra être achevée tant que les pays riches voleront le gagne-pain des paysans dans les pays pauvres, en les privant de débouchés pour leurs produits. »
À présent, un mouvement est en marche à Cancun. Les pays pauvres comprennent l’influence qu’ils peuvent exercer au sein d’une organisation qui fonctionne par consensus, et ils forgent des alliances ad hoc pour renforcer leur poids et tenter d’obtenir des concessions du monde industrialisé.
Hier, après un discours d’ouverture du président mexicain Vicente Fox, quatre pays africains producteurs de coton ont demandé la fin des subventions des pays riches, spécialement des États-Unis, vers ce secteur qui, selon eux, brisent les vies de millions de paysans.
Vingt et un pays en voie de développement ont mis de côté leurs divergences afin de présenter un front uni. Ils exigeront la suppression de toutes les aides octroyées par les pays riches à leurs agriculteurs.
L’exigence paraît démesurée mais le Nord semble laisser la porte ouverte aux concessions.
Par la voix de son principal négociateur, le commissaire européen au Commerce Pascal Lamy, l’UE s’est déclarée prête à supprimer ses subventions agricoles à l’exportation vers le tiers-monde, mais seulement si les États-Unis font de même. Le marathon est lancé.


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