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DISQUES Des musiciens libanais en forme(photos)

Trois disques, et rien que des artistes locaux. Autant dire que la musique est un des rares domaines artistiques qui soit créatif mais, jusque-là, rien de nouveau. Elle a toujours appartenu à la jeune génération, qui l’honore du mieux qu’elle peut.

Kerbaj-Sehnaoui-Yassine, « A »
Mention spéciale, tout d’abord, au trio de musique improvisée libre, qui vient d’enregistrer un opus prometteur au titre sibyllin de A. Le saxophoniste et trompettiste, avec ses camarades guitariste et contrebassiste, s’en donne à cœur joie dans cette frange musicale assez difficilement accessible, puisque essentiellement appuyée sur la création en temps réel. Avec leurs instruments «préparés» – tuyaux d’arrosage pour les instruments à vent de Kerbaj, baguettes en métal et en bois pour la guitare de Sehnaoui et un bataillon d’objets hétéroclites sur les grosses cordes de la contrebasse de Yassine –, ils présentent sur ce disque sept morceaux qui montrent clairement, par leurs noms, qu’il s’agit de faire, non de la musique libanaise, mais de la musique au Liban (enregistrée, produite et distribuée ici) : A ; Beirut ; Mawjat (For PK) ; Kazdoura ; Aswat ; Aleph et Ma’assalameh, oscillant tous entre quatre et dix minutes.
La musique improvisée libre, tête brûlée du jazz, a des représentants de premier ordre, que, pour ne citer que des références, l’Art Ensemble of Chicago ne renierait pas. Un plaisir pour les oreilles amatrices et très curieuses.

Arthur Satyan,
«ArtForArt’Sake»
Arthur Satyan est l’incontournable pianiste de jazz des nuits beyrouthines. Non que la relève soit faible, mais ce nom est une telle évidence qu’il était presque indécent que ce grand interprète n’ait pas encore trouvé de producteur pour graver ses interprétations impeccables et inspirées des standards du jazz comme ses propres compositions. C’est aujourd’hui chose faite, et ArtForArt’Sake est fait de neuf plages – quatre signées Satyan et cinq composées par Parker, Jesus «Chucho» Valdes, Bronislau Kaper, Durham, Komitas et Gershwin. Il va sans dire que le pianiste arménien rend un hommage appuyé à ses compatriotes, par ailleurs excellents musiciens, qui l’accompagnent dans son interprétation de «Summertime» (Hovannes Gevorkyan et Ruzanna Panjarian, violons; Narine Harutiunyan, violoncelle), et à ses compères de toujours, les bassistes Abboud Saadi et Vardan Arakelyan, le percussionniste et batteur Fouad Afra.
Un ensemble généreux, pour le moins représentatif de ce dont est capable Arthur Satyan. Un «album-empreinte» en quelque sorte, dans lequel le fin pianiste donne une remarquable leçon de modestie et d’absolue abnégation dans son art. PS: ArtForArt’Sake a été mixé par les soins d’un certain Ziad Rahbani.

Fouad Nohra, « Boom Boom »
Fouad Nohra est un jeune homme sympathique qui dédie son album autoproduit, Boom Boom, « à tous les francophones dans le monde, pour que la musique soit une arme de paix». Les huit morceaux qui le composent ressemblent à cette dédicace naïve et franche : Elle est tout simplement une femme; J’aimerais bien que l’on se revoit ; Boom Boom ; Ya la leili ya leil ; L’amour ça ne s’oublie pas ; De la fenêtre je vois Paris; Je suis là dans tout ça ; Le dernier geste. De là à qualifier ces compositions de chansons à textes, il y a loin cependant. Disons que le tout se rapproche d’une certaine idée que l’on se fait du Libanais exilé dans un pays francophone d’accueil qu’il a appris à aimer, à découvrir et dont il s’est imprégné. Les textes sont charmants dans leur signature «franbanaise». Quant à la musique, très représentative de ce même Libanais, elle est mâtinée de pas mal d’influences qui se marient avec plus ou moins de bonheur. À sortir du lot : J’aimerais bien que l’on se revoit et Je suis là dans tout ça, plus authentiques et forcément plus accomplies que les autres.

Diala GEMAYEL
Trois disques, et rien que des artistes locaux. Autant dire que la musique est un des rares domaines artistiques qui soit créatif mais, jusque-là, rien de nouveau. Elle a toujours appartenu à la jeune génération, qui l’honore du mieux qu’elle peut.Kerbaj-Sehnaoui-Yassine, « A »Mention spéciale, tout d’abord, au trio de musique improvisée libre, qui vient d’enregistrer un opus prometteur au titre sibyllin de A. Le saxophoniste et trompettiste, avec ses camarades guitariste et contrebassiste, s’en donne à cœur joie dans cette frange musicale assez difficilement accessible, puisque essentiellement appuyée sur la création en temps réel. Avec leurs instruments «préparés» – tuyaux d’arrosage pour les instruments à vent de Kerbaj, baguettes en métal et en bois pour la guitare de Sehnaoui et un bataillon...