Parodie et ironie menées tambour battant pour ce voyage où le rire est sans frontière et faisant fi des conventions. Alors, selon les conseils du pilote de bord, Laurent Gerra, on attache bien les ceintures car l’avion décolle. Et sans ambages, l’humoriste avertit que si ce show, guère pour un public TTCC (lire tasse de thé et cul coincé !), est vulgaire ou trivial, les sorties de secours sont à proximité ! Mais personne ne songe aux sorties car la nouba bat son plein sur scène, et c’est un régal que ce bain moussant de mots polissons, ces grivoiseries amusantes, ces paillardises drôles, ces copieuses descentes du piédestal de personnages figés et momifiés dans leur dignité amidonnée ou surfaite...
Le show-biz (surtout le petit écran) et la politique en prennent un sacré et tonique virage dans ce coup de filet fructueux et impitoyable. De Julien Clerc, qui ouvre ce bal des vampires à la mode Gerra, à Céline Dion (Ah ! cet impayable coup de la semence frigorifée où son imprésario de mari a « bu son fils » en mettant des glaçons dans son whisky), en passant par une galerie de personnages politiques (Delanoe, Notre-Dame de Paris), Chirac (cher Hariri, dit-il, oui, bien cher...), au monde du cinéma (truculente imitation de Jeanne Moreau croulante. Incroyable J.-C. Brialy avec écharpe blanche et bagout mondain. Sophistiqué Fabrice Luccini bourré de tics nerveux, Philippe Noiret plus bourru et nonchalant que nature, et Catherine Deneuve « comme les rues de Beyrouth, toujours en travaux ») ou celui de la télé (obséquieux et verbeux Jacques Chancel, maniéré et susurrant Pascal Sevran), pour finir généreusement avec le monde de la chanson où presque tous sont embrochés à la d’Artagnan. En tête de liste un Johnny Halliday, rocker impénitent aux réponses ébouriffantes transformé en Marie-Chantal en blouson de cuir. En rang d’oignons viennent les autres, Francis Cabrel, Renaud, Ferré, Bécaud, Gainsbourg, Montand... et l’on en passe.
En avant la zizique pour des fredaines s’égrenant comme un long chapelet où fuse constamment le rire tant l’imitation est parfaite et intelligente. Tant pis pour les collets montés, les pète-sec et les aigris s’ils trouvent qu’on sombre dans le « vulgaire ». Avec Laurent Gerra, ramenant tout ou presque à une dimension (sur) sexuée, délicieusement grivoise, le texte, farci de jongleries langagières et de piques gentiment empoisonnées ou d’estocades féroces, fait des étincelles sous son micro. Tout à notre plaisir.
Inspiré, Gerra l’est certainement. Et le Liban n’a pas échappé à son regard-scanner. Pour les « pénisiens », il a chanté Vers les docks d’Aznavour en avouant, dans un éclat de rire (les choses sérieuses se disent en rigolant, n’est-ce pas ?), que « la misère serait moins pénible qu’au Liban »... Bien vu !
Clin d’œil chaleureux et compatissant à un public qui l’a ovationné à tout rompre et qui a admirablement réagi à un spectacle décoiffant. Époustouflant Laurent Gerra, qui dit tout sans artifice ni déguisement pour mieux redécouvrir le lait de la tendresse humaine. Phrase (rire complice et en cape) qui, sans nul doute, apporte de l’eau au moulin de ce talentueux comique engrangeant en grandes brassées toutes les données du monde.
Edgar DAVIDIAN


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