« C’est un facteur bien réel et qui continue de se renforcer en raison de la croissance de cette communauté », explique Bernard Reich, auteur de trois livres sur les relations entre Israël et les États-Unis. Le credo affiché de la « Christian Right » est d’influer sur l’Administration afin qu’elle contribue à la réalisation de « la promesse divine de l’installation du peuple juif sur sa terre ».
À dix-huit mois de l’élection présidentielle, le poids démographique de ces chrétiens conservateurs est évalué à 55 millions de personnes, faisant d’eux une cible électorale de premier choix, numériquement dix fois plus importante que la communauté juive américaine. Passés maîtres dans l’art de faire pression, ils sont largement visibles dans les couloirs du Congrès, rencontrent régulièrement des hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche et bombardent la population de clips télévisés pro-israéliens sur le réseau national ou sur leurs propres chaînes câblées.
Gary Bauer, un chrétien conservateur, ancien candidat à la présidence et farouchement pro-israélien, adresse ainsi souvent des lettres ouvertes à M. Bush, lui-même protestant méthodiste, pour l’encourager à soutenir Israël. Des prêtres organisent régulièrement des collectes de fonds pour Israël et affrètent des avions de pèlerins souhaitant « marcher sur les traces de Jésus ». Un groupe de chrétiens évangélistes de l’État de Caroline du Sud a également récemment été jusqu’à financer un grand panneau publicitaire sur un échangeur d’autoroute à Tel-Aviv, proclamant « Pas de concessions territoriales en échange de la paix », un slogan que ne renierait pas l’extrême droite israélienne. Un des représentants de ce courant politique, le ministre israélien du Tourisme, Benny Elon, a d’ailleurs sillonné New York ces trois derniers jours dans le cadre d’une campagne contre le terrorisme et pour la promotion des pèlerinages chrétiens en Terre promise.
« Israël est une partie indissociable de leur conception religieuse », confie M. Elon, l’un des dirigeants du parti d’extrême droite Union nationale (8 sièges sur les 120 de la Knesset). En se raillant de « la gauche libérale, athée et dépassée », ce juif religieux, opposé à la création d’un État palestinien, constate que « ce qui me relie à ces chrétiens est plus profond que ce qui m’en sépare ».
Il énumère alors pêle-mêle la Bible, les valeurs démocratiques, le choix de la terminologie. « Par exemple, ils disent comme dans l’Ancien Testament, Judée-Samarie, et non Cisjordanie, Sichem et non Naplouse », explique-t-il.
« C’est un phénomène très important car incroyablement étendu et qui prend pied dans une population avec laquelle Israël a finalement peu en commun », observe le professeur Reich. Il note ainsi que la plupart des juifs américains, qui votent traditionnellement démocrate, n’approuvent pas les idéaux sociaux des chrétiens conservateurs opposés à l’avortement et favorables à la peine de mort. « Mais en ce qui concerne Israël, l’entente est à cent pour cent », affirme l’universitaire qui rappelle que cette « entente » remonte aux origines des États-Unis.
Selon ces croyants, le Christ ne pourra revenir sur terre pour annoncer la fin des temps tant que le peuple juif n’aura pas reconstruit le troisième Temple de Jérusalem, le premier ayant été détruit par les Babyloniens en 587 av. J-C, le second par les Romains en 70 ap. J-C. « Pour ces chrétiens, comme pour George W. Bush, c’est un sentiment religieux authentique », estime le professeur Reich.
Ce président n’est d’ailleurs pas le premier à le partager. Au début du XXe siècle, un de ses prédécesseurs, Woodrow Wilson, parlait d’Israël comme « de la lumière des Nations », avant d’approuver la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 qui préconisait un foyer juif en Palestine du mandat britannique.


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