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Outre-mer... Andrée Hochar Fattal: «Prière de toucher à mes sculptures!»(photo)

«Ève» croquant la pomme, de marbre blanc vêtue, s’étale, épanouie, sur un coin de table. «Ève» a envie de s’exprimer et c’est Andrée, sa créatrice, qui va le faire. Pour elles deux.

Andrée Hochar Fattal ressemble à ses sculptures. La vie en plus et la parole, qu’elle a prolifique et pudique en même temps. Elle y a déposé, éparpillé ses expressions. Le dialogue devient presque un concert à deux voix. Le chef de cérémonie, une dame fort élégante, une femme « du monde », nous reçoit dans son monde où les livres, une de ses passions, comblent les murs, près des peintures de maîtres et des sculptures qu’elle collectionne, les siennes, bien sûr, et celles de ses compagnons de combat, «ce sont des sculptures que j’aime».
Le monde d’Andrée n’est donc pas celui des mondanités, des discours quelquefois creux, celui des apparences. Son monde, privé, est fait de jardins secrets, de souvenirs, de sentiments et d’émotions. «J’ai de profondes nostalgies de partout. Un goût d’ailleurs», avoue-t-elle. Ce monde, elle le remplit de sa présence et de son énergie. Madame Georges Fattal a le talent de la communication et l’amour des mots, toutes langues confondues. «J’ai commencé à m’échapper, à rêver, au travers des langues»: elle parle le latin, l’italien, l’espagnol, l’allemand et, bien sûr, l’arabe, l’anglais et le français. «Quand je visite un pays, j’aime parler sa langue. C’est une façon de m’ouvrir aux gens, d’aller vers eux. C’est également un plaisir.» Le plaisir est sûrement partagé.

Beyrouth-Paris-Beyrouth
Andrée, la «fatale», joue avec les mots, joue avec son nom, à Paris où elle réside depuis 1976. «Paris était provisoire. Toute ma vie est provisoire! Je n’ai jamais rien eu de définitif, toujours entre deux chaises, toujours sur le retour de quelque part.» En effet, elle part, revient à Beyrouth, car, dit-elle, «ma rétine a besoin de sa lumière, l’odeur de la mer me manque», puis repart, «j’ai besoin du silence de Paris pour pouvoir travailler. Si je n’avais pas vécu en France, souligne-t-elle, je n’aurais pas fait de sculpture. J’aurais été trop distraite par ma vie ici. Ça aurait toujours été lancinant, un manque sur lequel je n’aurais pas mis de nom ». Car elle avait rangé dans sa mémoire endolorie, des années durant, les études d’art plastique à l’Alba et les beaux-arts à l’Université libanaise. «J’ai présenté mon diplôme enceinte, ce qui m’a valu la sympathie du jury.» Elle accouche en novembre 1976 de son troisième enfant et quitte le pays, affolée. Dix années durant, elle sera «maman avant tout» avant de redevenir artiste, après tout. Elle fréquente alors l’atelier de sculpture de Neuilly-sur-Seine, l’atelier Bertholle de dessin de nu et enfin l’atelier de sculpture de Nicolas Poussin. «Dans le cadre d’un cours avec un modèle vivant, j’ai touché la terre. La passion a redémarré… Je m’en suis voulu d’avoir perdu tout ce temps.» Andrée part alors à la rencontre de ce temps perdu et de sa passion retrouvée, et les comble de rencontres avec des artistes, des fondeurs et des matériaux différents. «Au début, je travaillais sans penser. Je me suis enhardie. D’avoir une passion a orienté toutes mes recherches, toute ma vie.» Naîtront de ces rencontres des expositions collectives ou individuelles, à l’atelier Poussin, au Salon des Indépendants, à la mairie du Xe puis du XVe arrondissement de Paris et enfin au French Designer Show House à New York. Avec la complicité de la galeriste Alice Mogabgab, elle participe à Art Brussels et expose enfin son œuvre dans la galerie de cette dernière à Beyrouth, en 2000 et 2002. «Tout peut m’inspirer. Parfois c’est un combat, parfois ça coule de source.» Ses projets à venir, une exposition, sûrement, «en 2004, j’espère, toujours chez Alice Mogabgab». Et d’avouer: «Je vis à mon rythme, je n’aime pas la précipitation, produire pour produire. Surtout, je déteste les choses codifiées, les réservations à l’avance, la discipline. Je suis peut-être fantaisiste, mais régulière.»
Èven’a pas quitté sa table. Elle nous regarde. Andrée reprend la parole. «Lorsque j’expose, je demande aux gens de s’approcher. J’ai presque envie de leur dire: “Prière de toucher!”»… Alors on s’approche, on touche. Èvea souri. Je vous le jure.

Carla HENOUD
«Ève» croquant la pomme, de marbre blanc vêtue, s’étale, épanouie, sur un coin de table. «Ève» a envie de s’exprimer et c’est Andrée, sa créatrice, qui va le faire. Pour elles deux.Andrée Hochar Fattal ressemble à ses sculptures. La vie en plus et la parole, qu’elle a prolifique et pudique en même temps. Elle y a déposé, éparpillé ses expressions. Le dialogue devient presque un concert à deux voix. Le chef de cérémonie, une dame fort élégante, une femme « du monde », nous reçoit dans son monde où les livres, une de ses passions, comblent les murs, près des peintures de maîtres et des sculptures qu’elle collectionne, les siennes, bien sûr, et celles de ses compagnons de combat, «ce sont des sculptures que j’aime».Le monde d’Andrée n’est donc pas celui des mondanités, des discours...