« L’Iran est notre voisin, nous coopérons avec lui, et nous continuerons a coopérer », a déclaré hier le président russe Vladimir Poutine, dont le pays construit à Bouchehr la première centrale civile iranienne.
Mais le président Poutine, à qui Washington aurait conseillé dimanche à Saint-Pétersbourg de « ralentir » la collaboration de son pays avec l’Iran, a lié la coopération russe, « avec tous les pays », à « leur degré de transparence et d’ouverture aux contrôles de l’AIEA », l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ces déclarations s’ajoutent aux appels de plus en plus pressants adressés à l’Iran pour qu’il signe le protocole additionnel au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP).
Une telle signature permettrait à l’AIEA de mener des inspections inopinées et poussées et de ne plus se contenter de visites annoncées par avance sur les sites que l’Iran lui a déclarés.
L’Iran, soupçonné de travailler à l’arme atomique sous couvert de chantiers civils, a jusqu’alors refusé de signer ce protocole tant que les Occidentaux refuseraient eux-mêmes le transfert de technologie auquel ils sont tenus par le TNP.
La BBC citait même hier un responsable britannique selon lequel M. Poutine avait annoncé au G8 que la Russie cesserait « toutes ses exportations nucléaires » vers l’Iran tant que ce dernier ne se prêterait pas à un nouveau régime d’inspections.
La diplomatie iranienne n’avait toujours pas réagi publiquement mardi. Son porte-parole, Hamid Reza Asséfi, avait dit la veille : « Les Russes ont des engagements envers nous et doivent les respecter. »
Le rapporteur de la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Sécurité nationale, Elahé Koulaie, a reconnu que l’Iran craignait que Moscou cède à Washington.
« Ce qui importe aux Russes, c’est que le programme nucléaire iranien reste pacifique comme l’Iran l’a toujours affirmé car ils n’aimeraient pas du tout voir les Iraniens avec l’arme atomique. S’ils ont le moindre doute sur les intentions de l’Iran, ils prendront des mesures et le communiqué du G8 », signé par Moscou et mettant en garde Téhéran, « le montre bien », a-t-elle ajouté.
Par précaution, les Iraniens, qui ont déjà vu les Chinois se désengager en 1997 d’un chantier nucléaire à Ispahan sous l’insistance américaine, ont entrepris de produire leur propre uranium enrichi pour leurs futures centrales, pour ne pas dépendre des seuls Russes, fournisseurs du combustible pour la première tranche de Bouchehr.
« Nous voulons passer à 7 000 mégawatts d’électricité nucléaire d’ici à 2020 », a dit hier le chef de l’Organisation de l’énergie atomique Gholamreza Aghazadeh, et « nous n’avons aucune garantie qu’un pays nous livre le combustible nécessaire ».
Cependant, le ministère russe de l’Énergie atomique a annoncé hier que le combustible nucléaire, destiné à alimenter la centrale que la Russie construit à Bouchehr, est prêt à être livré. « Actuellement, tout le combustible nucléaire destiné au démarrage expérimental du premier réacteur de la centrale de Bouchehr (...) est prêt à être livré et est stocké à Novossibirsk », en Sibérie, a indiqué une source au ministère russe, citée par l’agence Itar-Tass.
Or le quotidien centriste russe Izvestia écrivait récemment que la Russie pourrait renoncer à sa coopération avec l’Iran en échange d’une compensation financière américaine.
La question est désormais de savoir si Téhéran pourrait au bout du compte accepter de signer le protocole additionnel pour rassurer les Russes.


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