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CHANGE Le prestige retrouvé de l’euro pourrait coûter cher à l’économie européenne

Le nouveau record historique de l’euro sonne comme une revanche pour les Européens, qui ont toujours voulu faire de leur monnaie la rivale ou l’égale du dollar, mais le mouvement paraît exagéré pour une économie européenne aux épaules bien fragiles.
En s’affichant brièvement à 1,1914 dollar mardi sur le marché des changes, la monnaie unique a fait oublier l’humiliant automne 2000, qui l’avait vue descendre jusqu’à son plus bas historique de 0,8230 dollar.
Le plongeon avait fait ricaner les détracteurs de cette « monnaie de singe » et forcé le président de la Banque centrale européenne (BCE), Wim Duisenberg, à reconnaître en novembre 2000 qu’il « n’aimait pas » la tournure prise par les événements.
Aujourd’hui, le Néerlandais se félicite à l’envi de la fermeté de l’euro, qui « reflète les fondamentaux économiques » de la zone euro. La Commission européenne applaudit quant à elle un « euro stable et fort » qui est « dans l’intérêt de l’économie ».
Et même si la monnaie unique reste à la traîne du prestigieux dollar – les trois quarts des réserves monétaires mondiales restent libellées en billets verts –, son envolée permet aux pays de la zone euro de retrouver leur lustre aux yeux des investisseurs.
Depuis le mois d’août dernier, la zone euro engrange ainsi plus de capitaux qu’elle n’en laisse filer à l’étranger, selon les statistiques de la BCE.
Mais ce retour en grâce intervient à un mauvais moment pour l’économie européenne, dont la maigre croissance est nourrie par les exportations.
La hausse de l’euro « fait mal », résume ainsi la Fédération patronale allemande.
Elle fait grimper les prix des produits « made in Europe » : selon la BCE, la « compétitivité-prix » de la zone euro, comparée à 15 pays industrialisés, s’est nettement dégradée ces derniers mois.
Par ailleurs, la faiblesse du dollar pénalise les entreprises qui ont massivement investi aux États-Unis, en faisant fondre les revenus de leurs filiales américaines, systématiquement convertis en euros dans les comptes.
En Allemagne, première économie de la zone euro, les 10 plus grandes entreprises ont vu leur chiffre d’affaires perdre 10 milliards d’euros au premier trimestre en raison de la flambée de l’euro.
En France, « le niveau fort de l’euro est problématique pour environ 10 % des entreprises exportatrices », reconnaît le ministre français délégué au Commerce extérieur, François Loos.
Le prestige retrouvé de la monnaie unique pourrait au final coûter cher en termes de croissance : « Avec un euro allant à 1,25 dollar, on pourrait se rapprocher dangereusement d’une croissance nulle » cette année en zone euro, s’alarme Florence Béranger, analyste de CDC Ixis.
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une hausse de 10 % du taux de change effectif de l’euro revient à amputer de 0,6 point par an la croissance de la zone euro. Une lourde menace, quand on sait que la BCE n’exclut plus que l’activité progresse de moins de 1 % cette année.
En plus de la récession, la flambée de l’euro fait planer le spectre de la déflation, cercle vicieux de baisse des prix et de ralentissement de la demande.
La menace est d’autant plus sérieuse que les États-Unis, pas fâchés de voir leur compétitivité dopée, ont abandonné de facto leur politique du dollar fort.
Face à l’inertie affichée de Washington, les yeux se tournent vers la BCE dans l’espoir qu’elle baisse ses taux d’intérêt pour donner un peu d’air à l’économie européenne.
L’institut monétaire semble disposé à se laisser fléchir : son numéro deux, Lucas Papademos, vient d’ouvrir la porte à une baisse du loyer de l’argent en zone euro, peut-être dès le 5 juin.
Le nouveau record historique de l’euro sonne comme une revanche pour les Européens, qui ont toujours voulu faire de leur monnaie la rivale ou l’égale du dollar, mais le mouvement paraît exagéré pour une économie européenne aux épaules bien fragiles.En s’affichant brièvement à 1,1914 dollar mardi sur le marché des changes, la monnaie unique a fait oublier l’humiliant automne 2000, qui l’avait vue descendre jusqu’à son plus bas historique de 0,8230 dollar.Le plongeon avait fait ricaner les détracteurs de cette « monnaie de singe » et forcé le président de la Banque centrale européenne (BCE), Wim Duisenberg, à reconnaître en novembre 2000 qu’il « n’aimait pas » la tournure prise par les événements.Aujourd’hui, le Néerlandais se félicite à l’envi de la fermeté de l’euro, qui « reflète les...