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TRIBUNE L’hommage de Nina Jidéjian à l’émir Maurice Chéhab(photo)

Le pillage du Musée national de Bagdad a profondément choqué et indigné le monde entier, car ce musée contenait des objets d’une valeur incalculable provenant de la Mésopotamie antique, berceau de la civilisation. Les trésors mis au jour du tombeau royal de Ur, qui contenait les restes du roi, de la reine, des courtisanes, des esclaves, des chars et des chevaux ainsi que des bijoux en or d’une beauté admirable, sont irremplaçables et appartiennent non seulement à l’Irak mais au patrimoine de toute l’humanité. Le même sort fatal aurait pu être réservé au Musée national de Beyrouth pendant le conflit qui a déchiré le Liban entre 1975 et 1990, si un homme et une femme, l’émir Maurice Chéhab, premier directeur général des Antiquités au Liban, et son épouse Olga, n’avaient pas eu l’inspiration et le courage de rester sur place pour protéger ces trésors et prendre, de toute urgence, les mesures nécessaires pour sauvegarder le patrimoine inestimable du Liban. Le Musée national qui était situé sur « l’invisible ligne verte » qui séparait l’Ouest de l’Est de Beyrouth était donc au cœur du champ de bataille où les belligérants des deux côtés de la ville échangeaient toutes sortes de projectiles meurtriers, et où les tireurs embusqués dans les immeubles voisins détruits et abandonnés abattaient tout être qui bougeait. Le passage entre les deux parties de Beyrouth avait été baptisé « la route de la mort ». Le musée a, durant la guerre, été la cible de bombardements ininterrompus et a été occupé par des armées régulières, des milices et des hommes armés qui ont ravagé les bâtiments. L’émir Maurice Chéhab et son épouse, à la veille du déclenchement des hostilités, avaient vidé les vitrines de leurs trésors archéologiques. Ils avaient recouvert les objets, trop lourds à déplacer, de chapes en béton. C’est ainsi que le célèbre sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos (1000 avant J-C), qui porte la plus ancienne inscription de l’alphabet phénicien, a pu être sauvé des pillards. Dans le plus grand secret, sauf quelques très rares responsables, l’émir Maurice Chéhab avait caché les trésors inestimables dans le sous-sol du Musée et avait bâti une série de murs en béton pour les isoler et les protéger, en réduisant la superficie visible du sous-sol. C’est ainsi qu’il a pu sauvegarder aussi du pillage la plus grande et la plus prestigieuse collection au monde de sarcophages anthropoïdes datant du Ve siècle avant J-C en parvenant à éviter de donner l’impression que des trésors étaient cachés dans le sous-sol. L’émir Maurice Chéhab a ensuite « obturé » la porte qui donne accès à l’ensemble du sous-sol par un mur en béton. En 1992, Michel Eddé, ministre de la Culture et de l’Enseignement supérieur, avait convoqué quelques personnes pour entreprendre la restauration du musée. Le Dr Camille Asmar, qui venait d’être nommé directeur général des antiquités, était en fait en charge d’un musée sans portes, ni fenêtres, criblé d’obus et de balles et dont certains murs étaient éventrés. L’argent manquait pour procéder à la réhabilitation du musée, car il y avait d’autres priorités pour le gouvernement. Dès la fin de la guerre, le mur en béton qui cachait l’entrée du sous-sol avait été abattu et remplacé par une porte en fer offerte par Ghassan Tuéni, et appelée par la suite « la porte Tuéni ». Lorsque Michel Eddé a obtenu les crédits nécessaires et a procédé à la réhabilitation de la façade extérieure, du toit, des portes et fenêtres, il fut décidé de pénétrer au sous-sol. Le ministre de la Culture m’a demandé à l’époque de l’accompagner avec Camille Asmar, comme historienne spécialisée dans l’archéologie du Liban, ainsi qu’un juge, pour constater l’état des lieux. Nous sommes entrés en nous pliant en deux par une ouverture dans un mur de béton. Les escaliers menant au sous-sol apparurent après 17 années, mais un autre mur de béton bloquait le passage, puis un deuxième, et enfin un troisième. L’émir Maurice Chéhab avait voulu, en multipliant les murs, tromper et décourager ainsi les pillards. Derrière le dernier mur de béton, il a été possible d’avoir accès enfin au coffre-fort, aux sculptures et autres objets précieux soigneusement rangés sur des étagères, et de constater qu’il n’y avait pas eu d’effraction. Ainsi l’émir Maurice Chéhab avait finalement gagné son pari. La réhabilitation et la restauration du Musée national ont pu être entreprises dès la reconstruction des façades et le remplacement des portes et fenêtres, grâce au concours de la Fondation du patrimoine national présidée par Mme Mona Hraoui qui a réussi à collecter les fonds privés importants pour exécuter, sous la supervision de la Direction générale des antiquités, les travaux nécessaires à cette grande œuvre de réhabilitation de notre Musée national. C’est ainsi qu’aujourd’hui, tout le monde peut admirer les objets exposés dans les vitrines spécialement conçues pour ces trésors et contempler dans un cadre impressionnant 7 000 ans de l’histoire du Liban.
Le pillage du Musée national de Bagdad a profondément choqué et indigné le monde entier, car ce musée contenait des objets d’une valeur incalculable provenant de la Mésopotamie antique, berceau de la civilisation. Les trésors mis au jour du tombeau royal de Ur, qui contenait les restes du roi, de la reine, des courtisanes, des esclaves, des chars et des chevaux ainsi que des bijoux en or d’une beauté admirable, sont irremplaçables et appartiennent non seulement à l’Irak mais au patrimoine de toute l’humanité. Le même sort fatal aurait pu être réservé au Musée national de Beyrouth pendant le conflit qui a déchiré le Liban entre 1975 et 1990, si un homme et une femme, l’émir Maurice Chéhab, premier directeur général des Antiquités au Liban, et son épouse Olga, n’avaient pas eu l’inspiration et le...