Jean de La Fontaine lui a offert ses fables. Willy Aractingi, en retour, lui a donné des couleurs, des formes, des toiles enfin, qui font le bonheur des deux compères et scellent une amitié indéfectible. « J’ai été à la peinture comme un bébé va au sein de sa mère ! » s’écrie Willy – Wilbert, car né à New York – Aractingi. Drôle de prénom qui va comme un gant à ce gentleman heureux. Des yeux pétillants qui cherchent leur voie dans une barbe blanche et qui finissent par trouver le chemin le plus court vers la toile, celui de la couleur. Colorés les tableaux, explosant comme un éclat de rire ; coloré aussi le langage de ce monsieur qui, quelquefois loup, quelquefois agneau, choisit finalement d’être la fourmi de la fable La Cigale et la fourmi car, explique-t-il, « j’aime bien diriger dans le bien des collaborateurs et amis.» Des couleurs qui couvrent vite les bleus à l’âme d’un jeune homme qui a perdu sa mère trop tôt et quitté sa grand-mère trop vite. « J’ai grandi au Caire, avant de venir au Liban – en route pour les USA. J’ai aimé le pays, les amis, j’étais seul. Je suis resté faire des études à l’AUB. » « Si c’était à refaire, précise-t-il, je ferais des études dans le domaine de l’art, je choisirais l’enseignement universitaire. J’aurais plus de temps libre pour peindre tout mon soûl. Au lieu de ça, mon tuteur a insisté pour que je fasse des études scientifiques. J’ai détesté la chimie. » Willy passera un an à Grasse, en France, pour aiguiser son odorat, et reviendra en 1953 s’installer au Liban. Engagé par la société Khalil Fattal et Fils, il s’occupe surtout des produits Max Factor. « C’était LE maquillage des stars. Je me voyais déjà entre Rita Hayworth et Ava Gardner ! J’ai fini entre Khalil et Bernard Fattal, qui ont en gentillesse ce que les grandes stars ont en beauté.» Un demi-siècle plus tard, l’alchimie fonctionne encore. Directeur de la parfumerie, il sera le nez de parfums tels Garçonne ou Hamlet avant de devenir directeur conseil, entre les pays arabes et Paris où il vit depuis les années 80. Autodidacte heureux C’est en 1972 que Willy se met à peindre sérieusement. Des expositions se succèdent, on reconnaît déjà le style Willy Aractingi. De Beyrouth à Paris et de Chicago à Londres, les toiles commencent leur tour du monde. Puis, un jour de janvier 1989, monsieur Willy, sur une toile fixé, se mit à peindre Le corbeau et le renard. « En rentrant à Paris, je tombe sur un menu d’Air France avec des peintures dessus. Et j’ai pensé que ce serait amusant de leur proposer mes fables. » Pendant trois ans, huit millions de menus seront distribués avec ses toiles dessus. C’est surtout le début d’une folle passion entre les fables de monsieur de La Fontaine et celles de monsieur Aractingi. Une vraie boulimie et des centaines de toiles qui ressortiront de cette union libre mais sacrée. Des expositions viendront officialiser l’union, partout en France et surtout à Paris, dans les mairies du XVIIIe, du Ier puis du XIe arrondissement – dans cette dernière, 225 fables ont été exposées par ordre chronologique – ainsi que des livres – quatre – dont Jean de la Fontaine et Esope et Jean de La Fontaine – en deux volumes – chez Z éditions. Se revendiquant peintre de la joie, il confirme : « J’ai arrêté de peindre pendant cinq ans. La guerre avait provoqué la troisième dépression de ma vie, financière celle-là. Quand mon métier m’a rattrapé, j’ai retrouvé ma fougue et mon acharnement. » Alors il peint, il peint sans arrêt. « La peinture me fait tellement de bien que, des fois, je danse autour de ma peinture tant elle me plaît !» C’est beaucoup par amour pour le travail des autres et en hommage à leur talent qu’il ouvre en 1974 la galerie Au Petit Point, suite logique de ses points de suspension éparpillés le long de la rue Kantari. « J’y ai exposé Nicki de Saint-Phalle, Picasso, Léonore Fini, Christo. La galerie a vécu une petite année avant la guerre. » Réouverte depuis peu, c’est en ces lieux, précisément, qu’il nous a reçus, mais, brusquement à l’étroit entre les quatre murs, M. Aractingi, 72 ans, fièrement avoués, avoue : « Je donnerais tout pour avoir trente ans de moins. J’adore la vie, j’aimerais vivre 120 ans. Voyager, marcher au soleil, le long d’une plage, peindre… » Alors, qui des deux, se demande-t-on, de la toile ou du peintre, communique à l’autre cette belle humeur ? « L’un rend à l’autre ce qu’il lui donne. C’est comme l’amour ». Et l’on repart, plus colorés, et un peu plus heureux. Monsieur Willy a la bonne humeur contagieuse. Carla HENOUD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jean de La Fontaine lui a offert ses fables. Willy Aractingi, en retour, lui a donné des couleurs, des formes, des toiles enfin, qui font le bonheur des deux compères et scellent une amitié indéfectible. « J’ai été à la peinture comme un bébé va au sein de sa mère ! » s’écrie Willy – Wilbert, car né à New York – Aractingi. Drôle de prénom qui va comme un gant à ce gentleman heureux. Des yeux pétillants qui cherchent leur voie dans une barbe blanche et qui finissent par trouver le chemin le plus court vers la toile, celui de la couleur. Colorés les tableaux, explosant comme un éclat de rire ; coloré aussi le langage de ce monsieur qui, quelquefois loup, quelquefois agneau, choisit finalement d’être la fourmi de la fable La Cigale et la fourmi car, explique-t-il, « j’aime bien diriger dans le bien des...