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Tarek Aziz, un chrétien porte-voix zélé de Saddam Hussein (photo)

Tarek Aziz, compagnon de la première heure de Saddam Hussein, a toujours été un défenseur zélé du régime, vedette des médias et des arènes diplomatiques, se limitant pourtant à un rôle de fidèle messager doté d’une marge d’initiative délimitée. Le sourcil broussailleux, la moustache bien taillée, le visage barré de grosses lunettes et l’anglais policé à l’accent rocailleux de Tarek Aziz sont connus dans le monde entier. Sa dialectique habile et son opiniâtreté à défendre l’Irak lui ont valu l’estime et la sympathie des opinions arabes, qui voyaient en lui un diplomate arabe capable de défier les puissances occidentales. Aussi bien comme chef de la diplomatie que comme vice-Premier ministre, il a été associé pendant trois décennies à toutes les crises internationales autour de l’Irak, en charge de présenter au monde « le visage aimable » du régime, selon la formule du chercheur français Pierre-Jean Luizard. Ce chaldéen de la région de Mossoul, unique chrétien au sein de la direction irakienne, cachait aussi une face moins avouable en raison de son association directe ou indirecte à tous les crimes qui ont jalonné le contrôle du pouvoir par Saddam Hussein. Leur lien politique s’est forgé dès les années 50 quand le parti Baas interdit s’activait dans la clandestinité. Tarek Hannan Aziz, né en 1936, avait renoncé à son prénom de Mikhail, pour celui de Tarek. Diplômé d’anglais, il entame une carrière publique de journaliste et une carrière clandestine à la direction du Baas. Dès 1963, il est responsable de la propagande, cinq ans avant le coup d’État qui porte le parti au pouvoir. Entré en 1977 au CCR, le Conseil de commandement de la révolution, organe du parti qui dirige le pays, il est associé, avec un autre compagnon historique Taha Yassin Ramadan, au massacre le 22 juillet 1979 du tiers des cadres du CCR, accusés par Saddam de « trahison ». Le 1er avril 1980, il survit à un attentat à la grenade à Bagdad, s’en tirant avec un bras cassé. En septembre, l’Irak attaque l’Iran. Nommé en 1983 ministre des Affaires étrangères, il est l’homme des missions diplomatiques difficiles. Il renoue avec les États-Unis et obtient leur soutien dans la guerre contre l’Iran. Les relations diplomatiques, rompues avec la guerre des Six-Jours de 1967, sont officiellement rétablies quand il rencontre le président Ronald Reagan à la Maison-Blanche en 1984. Tarek Aziz noue des liens solides avec Paris et Moscou, qu’il fréquente régulièrement, souvent coiffé d’une élégante chapka. Il négocie le cessez-le-feu avec les Iraniens en 1988, puis défend l’Irak après l’invasion du Koweït en 1990. Il engage des négociations de la dernière chance à Genève avec le secrétaire d’État James Baker. Dans un geste de défi, il refuse de prendre une lettre du président George Bush (père) adressée à Saddam Hussein, donnant ainsi le signal pour l’action militaire des alliés. Il sera ensuite au cœur des tensions autour du rôle des inspecteurs en désarmement des Nations unies, partageant ses légendaires Havane avec le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan lors d’une médiation à Bagdad. Son action en première ligne de la diplomatie irakienne ne faisait cependant pas illusion dans les chancelleries. C’est un fin connaisseur de l’Irak, le Russe Evgueni Primakov, qui a le plus cruellement dépeint ses limites, le présentant comme « un intermédiaire chargé de transmettre les messages mais qui ne peut prendre de lui-même des décisions ». Lors de cette dernière crise, Tarek Aziz est resté plus en retrait, affaibli à 67 ans par des problèmes de santé, son absence momentanée alimentant même une rumeur de défection vite démentie. Il effectuera sa dernière mission à l’étranger le 14 février, auprès du pape Jean-Paul II.
Tarek Aziz, compagnon de la première heure de Saddam Hussein, a toujours été un défenseur zélé du régime, vedette des médias et des arènes diplomatiques, se limitant pourtant à un rôle de fidèle messager doté d’une marge d’initiative délimitée. Le sourcil broussailleux, la moustache bien taillée, le visage barré de grosses lunettes et l’anglais policé à l’accent rocailleux de Tarek Aziz sont connus dans le monde entier. Sa dialectique habile et son opiniâtreté à défendre l’Irak lui ont valu l’estime et la sympathie des opinions arabes, qui voyaient en lui un diplomate arabe capable de défier les puissances occidentales. Aussi bien comme chef de la diplomatie que comme vice-Premier ministre, il a été associé pendant trois décennies à toutes les crises internationales autour de l’Irak, en charge...