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Une histoire mouvementée, un chemin parsemé d’embûches(photo)

Fondée à l’origine en deux groupes séparés, la Congrégation des sœurs des Saints-Cœurs est née du désir des pères jésuites de s’associer des auxiliaires qui se consacreraient totalement aux besoins apostoliques d’éducation et de prédication de la foi, surtout après l’établissement en Orient, dès le début du XIXe siècle, de missionnaires protestants américains. En 1853, le père Raymond Estève, jésuite français, et le curé libanais Youssef Gemayel fondent les « Mariamettes » à Bickfaya. Quatre ans plus tard, le père jésuite italien Paul-Marie Riccadonna regroupe au sein des « Pauvres filles du Sacré-Cœur » des institutrices de catéchèse œuvrant à Zahlé et dans la région de la Békaa. Depuis le début, le chemin de la congrégation était parsemé d’obstacles. La mentalité de l’époque, les réticences de la hiérarchie religieuse, le manque de compétences et les maigres ressources financières compliquaient la tâche des religieuses. D’abord, la femme n’avait pas un statut social lui permettant de s’adonner à des activités publiques comme l’enseignement ou l’action sociale. En plein XIXe, les jeunes femmes, réduites à accomplir des tâches ménagères, étaient principalement destinées au mariage. Certains, surtout la hiérarchie religieuse de l’époque, voyaient d’un mauvais œil la création d’un nouvel ordre de femmes ayant pour but principal l’éducation des jeunes filles, jugé inutile et surtout ayant un contact direct avec la population. Car les seuls ordres féminins existant étaient formés de religieuses cloîtrées, en majorité analphabètes. Certains prélats n’ont pas hésité à persécuter la congrégation. Le père jésuite Henri Jalabert relate dans son ouvrage Histoire d’un siècle qu’en 1863, le patriarche maronite Boulos Massad, ayant appris l’existence d’une école de religieuses à Amchit, s’en offusqua et se mit à prêcher contre l’envoi des filles à l’école : «L’instruction des filles n’est pas une œuvre de bienfaisance disait-il aux habitants du village, n’envoyez plus vos filles à l’école et ne montrez plus aux religieuses tant d’égards. De la sorte, après quelque temps, leurs supérieurs les retireront.» Par ailleurs, les femmes n’étaient pas préparées à leur nouvelle tâche, elles travaillaient souvent d’une façon intuitive. Les jésuites vont alors faire appel à des institutrices formées par d’autres congrégations européennes qui les avaient précédées. Les religieuses devaient aussi faire face à des difficultés financières. Pour subsister, elles se contentaient des dons en produits alimentaires offerts par les habitants. Alors que des congrégations étrangères les soutenaient financièrement et que les jésuites faisaient appel à quelques mécènes locaux et étrangers. Un visiteur jésuite à Zahlé relate ainsi les conditions de vie des sœurs en 1859: «Elles sont extrêmement pauvres, elles n’ont qu’une seule chambre de 15m2 pour douze ou quinze (religieuses) qui leur servait de dortoir, de réfectoire, de chapelle et de tout…» Les religieuses souffraient aussi d’une absence d’un statut légal. La congrégation ne pouvait pas être placée sous la juridiction d’un évêque local puisque ses membres appartenaient à plusieurs confessions. Quant aux pères jésuites, ils avaient peur d’assumer cette responsabilité. En 1875, la congrégation est suspendue, mais certaines religieuses vont résister et continueront à exercer leur mission d’une façon presque illégale, profitant du soutien de quelques prélats, comme l’évêque maronite de Chypre et du Metn, Mgr Joseph Geagea, et le curé Joseph Gemayel. Entre-temps, les jésuites étaient divisés sur la démarche à suivre, mais ils ne vont pas tarder à se rendre compte que leur mission rencontrait des difficultés, surtout dans les villages. En effet, la plupart des membres de la Compagnie de Jésus ne pratiquaient pas la langue arabe et, en tant qu’hommes, il leur était impossible de s’occuper des femmes. Les autorités religieuses ont alors été obligées de reconnaître que l’institution devait être restaurée: en 1880, la congrégation reprend ses œuvres. Elle va continuer son développement jusqu’à nos jours, en assurant une expansion de ses domaines d’activités et de sa répartition géographique. R.B.
Fondée à l’origine en deux groupes séparés, la Congrégation des sœurs des Saints-Cœurs est née du désir des pères jésuites de s’associer des auxiliaires qui se consacreraient totalement aux besoins apostoliques d’éducation et de prédication de la foi, surtout après l’établissement en Orient, dès le début du XIXe siècle, de missionnaires protestants américains. En 1853, le père Raymond Estève, jésuite français, et le curé libanais Youssef Gemayel fondent les « Mariamettes » à Bickfaya. Quatre ans plus tard, le père jésuite italien Paul-Marie Riccadonna regroupe au sein des « Pauvres filles du Sacré-Cœur » des institutrices de catéchèse œuvrant à Zahlé et dans la région de la Békaa. Depuis le début, le chemin de la congrégation était parsemé d’obstacles. La mentalité de l’époque,...