WASHINGTON-Irène MOSALLI Dans le très british cérémonial du Five O Clock Tea de l’Angleterre du XVIIIe siècle, il aurait été « shocking » de penser « qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ». Pour être savouré, le célèbre breuvage devait couler dans des récipients qui lui fassent honneur. Pour preuve, cette très belle exposition intitulée «Traditions dans l’élégance : 100 théières du musée du château de Norwich », qui se tient au musée du Jardin botanique de Washington et qui sera également vue dans d’autres villes américaines. Une vaisselle faite de pièces qui sont de véritables objets d’art, datant du XVIIIe siècle et du début du XIXe, et qui relatent l’émergence et l’évolution de la porcelaine anglaise. Car le plaisir de prendre le thé tenait grandement du service nécessaire à sa présentation. Ces divers accessoires (de la bouilloire à la tasse, en passant par la pince à sucre, le crémier et, bien sûr, la théière étaient devenus le symbole d’un statut social. Ils reflétaient la fortune et le goût de tout un chacun. Alors, au XVIIIe siècle, les potiers britanniques y sont allés de leur talent, de leur technique et de leur inspiration pour exécuter de la très belle ouvrage. Ils ont porté une grande attention à la théière, pièce maîtresse du cérémonial. Ils l’ont travaillée à la manière des alchimistes pour la parer d’atours inattendus. Ils jouaient notamment sur la texture pour obtenir des effets d’or et de pierres précieuses. Et la théière, dans les multiples versions que l’on a pu admirer dans le cadre de cette exposition, est l’expression de cette recherche et de cette dextérité exercées à plusieurs niveaux. Raffinement et sophistication Ainsi, dans une tentative, d’ailleurs réussie, d’imiter vers 1780 la porcelaine de Chine, les fabriques britanniques se sont vite rendu compte que la plupart de ces modèles ne résistaient pas longtemps à l’eau bouillante. Ce qui a mené un responsable de la marque Derby à avoir recours à une paroi protectrice en argile, matière employée dans la ville chinoise de Yixing, célèbre pour ses théières. Côté décoration, ils ont été également très inventifs. Ils ont utilisé des moulages pour créer différents reliefs. Ils ont introduit la gravure en 1750 pour restituer avec exactitude les menus détails de leurs dessins. Vingt ans plus tard, ce procédé a été utilisé comme substitut (car moins coûteux) à la peinture. Des manières de faire qu’illustre la collection du musée de Norwich. Autre fait marquant de cette industrie. La firme Wedgwood a donné un grand coup en 1760 en présentant des tasses et des théières réalisées dans des couleurs pâles et ressemblant à s’y méprendre à la porcelaine chinoise. Wedgwood, propulsé potier de la reine Charlotte, avait baptisé cette série « Le service de la reine.» Et cette série a conquis toute l’Europe. On remarque aussi que les artistes-potiers n’avaient pas résisté aux modes de l’heure. Quand cela était dans le vent, ils se sont mis à l’heure des motifs antiques (grecs, romains et égyptiens) qu’ils ont interprétés d’une manière moderne. Avec la montée du romantisme, ils ont privilégié les formes plus cursives et plus flamboyantes. Un raffinement et une sophistication qui vont de pair avec ce geste décrit par Musset : « Voilà votre thé, fait de ma blanche main ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats WASHINGTON-Irène MOSALLI Dans le très british cérémonial du Five O Clock Tea de l’Angleterre du XVIIIe siècle, il aurait été « shocking » de penser « qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ». Pour être savouré, le célèbre breuvage devait couler dans des récipients qui lui fassent honneur. Pour preuve, cette très belle exposition intitulée «Traditions dans l’élégance : 100 théières du musée du château de Norwich », qui se tient au musée du Jardin botanique de Washington et qui sera également vue dans d’autres villes américaines. Une vaisselle faite de pièces qui sont de véritables objets d’art, datant du XVIIIe siècle et du début du XIXe, et qui relatent l’émergence et l’évolution de la porcelaine anglaise. Car le plaisir de prendre le thé tenait grandement du service...