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La guerre a passé sans atteindre Hatra, l’autre capitale du désert(photo)

La guerre a passé sans atteindre les temples millénaires de Hatra ni Salem Harouche Kadori, leur vénérable gardien, qui attend que la paix leur rende leur gloire. Salem Harouche Kadori n’a plus vu depuis des semaines un seul visiteur sur l’un des sites archéologiques les plus grandioses d’Irak, l’une des « capitales du désert » avec Palmyre (Syrie) ou Pétra (Jordanie). Au sud de Mossoul, près de la frontière syrienne, les portes monumentales de l’enceinte remontant aux premières décennies du premier millénaire se sont, pendant ces quelques semaines, ouvertes à des centaines de moutons paissant dans l’herbe folle, aux chiens errants, aux enfants qui jouent sur la pierre séculaire. « La guerre n’est pas venue jusqu’ici », dit Salem Harouche Kadori. Il n’a pas « vu d’avion ni d’Américains ». Aucun blindé n’est visible à des dizaines de kilomètres à la ronde. Les Américains pourchasseraient pourtant dans la région ce qui reste des fidèles de Saddam Hussein. Cinq camions sont venus avant le début des hostilités pour vider l’une des chambres de sa statuaire. Il suppose, sans certitude, que la précieuse cargaison a été convoyée « peut-être à Bagdad pour être mise à l’abri ». Ce n’était pas le premier transport du genre. « Quand j’ai commencé en 1971, on avait trouvé 150 statues en creusant. La sécurité et les renseignements les ont emportées. Je ne sais pas ce qu’elles sont devenues », relate-t-il sans arrière-pensée. Mais les palais colossaux de cette ancienne capitale arabe édifiée par le roi Neshireeb, les sanctuaires dédiés au soleil, aux astres et à l’aigle, les frises délicates ont conservé toute leur majesté. « Le maire a immédiatement livré la ville aux Américains », explique-t-il. Les pillards qui ont sévi dans les musées de Bagdad ou de Mossoul ont épargné Hatra. « Ici tout le monde se connaît. Il n’y a qu’une grande famille au village. » Salem Harouche Kadori a pourtant « eu peur pour eux quand la guerre a éclaté ». Hatra est « comme (son) enfant » (elle serait le sixième), elle lui importe « plus que (sa) propre vie ». Lui aussi, avec ses 5 000 dinars (environ deux dollars) de salaire par mois, a gardé sa grandeur, bien qu’il ne puisse soigner ses mains malades. Si les textes sont rares, l’histoire dit que la loi de Hatra prohibait toute immoralité. Salem Harouche Kadori a 68 ans, le visage tanné par le soleil, le corps desséché par la privation, et le regard blanchi par l’âge n’a pas perdu la vivacité de celui qui gardait les troupeaux quand il a été embauché. Depuis lors, même s’il n’est pas guide, il ne sait combien de fois il s’est présenté avec les visiteurs devant l’entrée de la salle du roi, leur a montré le bassin dans lequel les vassaux devaient se laver les mains, puis le détour qu’il fallait emprunter pour revenir devant la même porte avant d’entrer. C’est dans ce même déambulatoire qu’il a joué « dans un grand film anglais en 1974 ». Il ne se rappelle plus le titre. Il n’a d’ailleurs jamais vu le film, mais « on peut trouver la cassette au village ». En 1994, il a aussi vu Saddam Hussein. « De loin. Il y avait tellement de gardes, de voitures, cinq ou six hélicoptères. Je suis un homme simple, je ne pouvais pas approcher. » Saddam Hussein a laissé sa marque sur Hatra. Les pierres dont ont été relevés les murs portent son monogramme. La vie de ce gardien « ne va pas changer » avec la fin du régime. « Je suis un homme simple, répète-t-il, je me moque de ce genre de chose. » Il se souvient qu’en 1980, Saddam Hussein avait fait verser 3 000 dinars aux villageois, une jolie somme pour lui à l’époque. Par ailleurs, l’ancien président « n’a jamais rien fait pour Hatra. Regardez autour de vous, il faudrait restaurer, faire des fouilles, je suis sûr qu’il y a des centaines de statues enfouies, il faudrait une buvette, un hôtel ». Salem Harouche Kadori ignore s’il verra tout cela. Mais il sait qu’il veut « mourir ici parce que c’est ma maison ».
La guerre a passé sans atteindre les temples millénaires de Hatra ni Salem Harouche Kadori, leur vénérable gardien, qui attend que la paix leur rende leur gloire. Salem Harouche Kadori n’a plus vu depuis des semaines un seul visiteur sur l’un des sites archéologiques les plus grandioses d’Irak, l’une des « capitales du désert » avec Palmyre (Syrie) ou Pétra (Jordanie). Au sud de Mossoul, près de la frontière syrienne, les portes monumentales de l’enceinte remontant aux premières décennies du premier millénaire se sont, pendant ces quelques semaines, ouvertes à des centaines de moutons paissant dans l’herbe folle, aux chiens errants, aux enfants qui jouent sur la pierre séculaire. « La guerre n’est pas venue jusqu’ici », dit Salem Harouche Kadori. Il n’a pas « vu d’avion ni d’Américains ». Aucun...