L’occupation militaire américaine et britannique de l’un des principaux pays arabes, l’Irak, pour renverser le régime de Saddam Hussein fait redouter une montée du terrorisme à travers le monde, estiment dirigeants politiques et analystes. Le président égyptien Hosni Moubarak, qui a échappé à au moins dix attentats depuis son arrivée au pouvoir en 1981, a tiré la sonnette d’alarme, 11 jours après le début des combats en Irak. « Je crains que cette guerre ait des conséquences énormes et mène à l’accroissement du terrorisme. Lorsque cette guerre se terminera, il se peut qu’il y ait cent Ben Laden au lieu d’un seul », a-t-il déclaré le 31 mars. Partisan depuis des années de l’organisation d’une conférence internationale pour coordonner la lutte contre le terrorisme, le président égyptien traduisait, dans ce discours télévisé, une inquiétude générale d’assister à une multiplication des attentats en réponse au fait accompli militaire américain en Irak. « Il y a un vrai risque, qui inquiète tous les régimes », estime Dia Rachwane, analyste spécialisé dans le terrorisme au journal gouvernemental égyptien al-Ahram, qui rappelle qu’un ressortissant américain, travaillant pour le Pentagone, a été blessé par balle, à Amman. « Ce qui s’est passé en Irak, l’occupation américaine d’un pays, n’est pas quelque chose d’habituel, on ne voit pas cela tous les jours. L’impact sur l’opinion est important, et il y a une similarité avec l’Afghanistan », a-t-il expliqué. Le terrorisme apparaît pour certains « comme le moyen simple de répondre à la force ambitieuse » des États-Unis, et une telle menace « est tout à fait plausible », a-t-il ajouté. On ne compte plus, dans le monde arabo-musulman, les appels au jihad contre les États-Unis. Le chef d’al-Azhar, qui représente l’islam sunnite dans le monde, cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, a ainsi ressenti le besoin d’expliquer à la mi-mars que l’appel au jihad pour défendre l’Irak lancé par son institution ne signifiait pas le recours au « terrorisme » contre les États-Unis. Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld s’est quant à lui inquiété du fait que la guerre en Irak ait « engendré un plus grand nombre de gens hostiles aux Américains ». Des médias du Moyen-Orient ont affirmé « que nous combattions non pas un dictateur malfaisant, mais l’Irak et les Irakiens, que nous étions contre la religion, ce qui est totalement erroné », a-t-il dit. Pour Rachwane, l’Irak est évidemment un des pays les plus menacés d’actions terroristes, car « la présence militaire américaine y sera vite considérée comme une occupation ». « Il faut souligner qu’en Irak, les vraies forces politiques actives, chez les chiites majoritaires, sont religieuses », a-t-il ajouté, citant les mouvements Daawa et l’Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), basée en Iran et qui dispose d’une branche armée. « Le premier conflit en Irak opposera les chiites aux Américains, et cela prendra la forme d’une résistance », a-t-il affirmé.
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