Le Premier ministre palestinien désigné, Mahmoud Abbas, censé présenter son gouvernement d’ici à demain jeudi, se heurte à une résistance farouche du président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, au point d’avoir même menacé de démissionner, ont indiqué des responsables palestiniens hier à Ramallah. M. Mahmoud Abbas (Abou Mazen) s’est déclaré « stupéfait » du niveau de corruption qu’il a découvert lors de la récente tournée qu’il a effectuée dans la bande de Gaza, a déclaré un responsable palestinien qui a requis l’anonymat. Numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), connu pour ses positions modérées, M. Abbas a été désigné le 19 mars par Yasser Arafat sous la pression notamment des États-Unis, comme le premier chef de gouvernement palestinien. M. Abbas, qui s’efforce d’achever la formation de son gouvernement jusqu’à jeudi, a menacé de démissionner suite au refus de M. Arafat de voir des ministres qu’il a nommés être remplacés par des personnes qui lui sont ouvertement opposées, a-t-on indiqué. Depuis sa désignation, M. Abbas a passé l’essentiel de son temps dans la bande de Gaza qui, à la différence de la Cisjordanie, n’a pas été réoccupée par l’armée israélienne et où les institutions de l’Autorité palestinienne, mises en place suite aux accords d’Oslo (1993), fonctionnent toujours. M. Abbas a été « stupéfait par le degré de corruption » qu’il a découvert, notamment au sein des services de sécurité, après avoir eu une série d’entretiens avec diverses organisations, des représentants du monde des affaires et des militants d’organisations de défense des droits de l’homme, a déclaré le responsable palestinien. Au nombre des abus et des malversations constatés, M. Abbas a mentionné également le racket, a-t-il ajouté. Samedi, à son retour de Gaza, en se présentant devant le comité central du Fateh, mouvement de M. Arafat, M. Abbas a déclaré au dirigeant palestinien qu’il était prêt à démissionner mais, selon des témoins, la menace de démission n’aurait visé qu’à faire pression. MM. Arafat et Abbas, cofondateurs du Fateh, sont convenus de la nécessité de réformer les services sécuritaires, M. Arafat affirmant que la responsabilité de ces services et des mesures à prendre relevaient de son seul ressort. Conformément à la loi votée le mois dernier par le Parlement palestinien, M. Arafat a la haute main sur la sécurité nationale, M. Abbas ayant la responsabilité de la sécurité intérieure. Plusieurs des services de sécurité palestiniens opèrent aujourd’hui comme des milices indépendantes ou de véritables clans armés, notamment en Cisjordanie, territoire réoccupé depuis juin 2002 par les troupes israéliennes. M. Abbas entend remplacer dans son cabinet des ministres connus pour être des fidèles de Yasser Arafat comme le ministre de l’Intérieur Hani al-Hassan, membre du comité central du Fateh, et nommer à sa place le colonel Mohamed Dahlan, l’ancien responsable de la sécurité préventive palestinienne dans la bande de Gaza. Le Comité central du Fateh s’est opposé à cette éventualité, soutenue par le courant réformiste et les États-Unis. Le colonel Dahlan, considéré comme un homme à poigne qui n’hésitera pas à affronter les factions rebelles, avait démissionné l’année dernière de ses fonctions suite à un différend avec M. Arafat. M. Abbas a jusqu’à demain jeudi pour achever la formation de son gouvernement. Il a la possibilité d’obtenir deux semaines supplémentaires. Passé ce délai, Yasser Arafat est mandaté pour désigner un nouveau Premier ministre. « Nous avons rencontré Abou Mazen la nuit dernière. Selon lui, il existe un profond désir de changement à tous les niveaux de la société », a déclaré le député réformiste Qadura Farès. « Nous demeurons optimistes quand aux changements à venir, car s’ils devaient ne pas survenir nous y perdrions tous », a-t-il ajouté.
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