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Les médias russes accablent les Américains afin d’excuser l’invasion de la Tchétchénie

«Bavures », « ratissages », victimes civiles : les médias russes couvrent le conflit irakien bien différemment de ce qu’ils ont fait pour la Tchétchénie et dressent indirectement un parallèle se voulant justificateur entre les Américains en Irak et les Russes dans la république caucasienne. La photo s’étale en une, hier, du quotidien Gazeta : une femme et son bébé, tués par des tirs de soldats américains. Ils sont couverts de sang. Le petit corps, emmailloté, semble avoir encore sa tétine à la bouche. « Les Américains ont franchi la ligne rouge et ont commencé à fusiller les enfants », titre le journal, rapportant le drame de Najaf (centre de l’Irak) où sept femmes et enfants irakiens, circulant à bord d’un véhicule civil, ont été tués lundi à un poste de contrôle militaire. « Les Américains sont entrés dans une zone de haine. Ils ont maintenant peur de chaque réfugié », ajoute le journal Vremia Novosteï. Chaque jour, les médias russes montrent les photos de civils ou de militaires morts, de soldats prisonniers. Chaque jour, la résistance des Irakiens, les cibles ratées, les « tirs amis » tuant des Britanniques, sont scrupuleusement mis en avant. Pour la Tchétchénie, où les forces russes sont entrées pour la seconde fois en octobre 1999, les images n’ont pratiquement jamais rien montré. Pas de soldat russe mort au combat, pas de civils tués, seuls les corps des combattants rebelles pouvaient être présentés au lecteur ou au téléspectateur. La guerre en Irak semble presque un exutoire. Les associations sont parfois immédiates, souligne Galina Kovalskaïa, journaliste de l’hebdomadaire d’opposition Ejenedelny Journal : « des tirs sur un marché, des bombardements sur des quartiers d’habitation ». Mais l’objectif des médias n’est « pas tant de condamner les méthodes russes en Tchétchénie, que de les excuser ou les justifier », dit-elle. « En Tchétchénie, comme en Irak, il s’agit des lois de la guerre qui n’ont rien en commun avec celles de la vie en temps de paix », souligne ainsi la Komsomolskaïa Pravda. « Américains et Britanniques seront bientôt couverts des critiques qu’ils nous ont adressées pendant la campagne tchétchène », ajoute le journal. Un autre quotidien, Izvestia, compare les « ratissages » opérés dans les villages tchétchènes à leurs « copies exactes » menées par les Britanniques en Irak. « Les Britanniques, armés de fusils automatiques, ont fait irruption dans les maisons, enfonçant les portes au pied, mettant dehors les habitants et à genoux les hommes “en âge de combattre” », relève Izvestia. Mais le parallèle est insidieux, estime Mme Kovalskaïa. « Les Américains ne feront pas en Irak ce qui a été fait en Tchétchénie : il s’agirait de crimes de guerre », assure-t-elle. Les troupes russes, qui après trois ans et demi de conflit restent harcelées par la guérilla indépendantiste, sont régulièrement accusées de commettre des exactions (vols, viols, tortures, assassinats) dans la république séparatiste. Les difficultés des Américains provoquent en fait « une joie méchante dans notre société », explique Vladimir Pribylovski, de l’institut politique Panorama. « Celle-ci est due en partie à notre complexe d’infériorité et en partie à l’arrogance de la politique américaine », ajoute-t-il. Un avis que partage le politologue Andreï Piontkovski : « Les médias sont bien hypocrites. Ils fustigent les Américains pour excuser la Tchétchénie et plaire à une opinion antiaméricaine. Ils se soucient peu des Irakiens », affirme-t-il. « Pour parfaire le plaisir des généraux russes, les Américains n’ont plus qu’à lancer l’assaut sur Bagdad. Les militaires seraient alors excusés pour l’assaut sanglant qui a détruit Grozny », la capitale tchétchène, relevait mardi Alexandre Golts, de Ejenedelny Journal.
«Bavures », « ratissages », victimes civiles : les médias russes couvrent le conflit irakien bien différemment de ce qu’ils ont fait pour la Tchétchénie et dressent indirectement un parallèle se voulant justificateur entre les Américains en Irak et les Russes dans la république caucasienne. La photo s’étale en une, hier, du quotidien Gazeta : une femme et son bébé, tués par des tirs de soldats américains. Ils sont couverts de sang. Le petit corps, emmailloté, semble avoir encore sa tétine à la bouche. « Les Américains ont franchi la ligne rouge et ont commencé à fusiller les enfants », titre le journal, rapportant le drame de Najaf (centre de l’Irak) où sept femmes et enfants irakiens, circulant à bord d’un véhicule civil, ont été tués lundi à un poste de contrôle militaire. « Les Américains sont...