J’ai reçu, il y a trois ans, une bourse d’études du Danemark pour voyager au Moyen-Orient et y trouver de nouvelles idées pour mon métier d’acteur. À ce moment-là, je ne savais pas que j’allais tomber amoureux du Liban et que j’y retournerais pour animer des ateliers de « Method Acting » dans les universités et les théâtres. Récemment, mes étudiants en actorat de l’Usek ont présenté le résultat de leur travail au Festival Shams des jeunes. La mauvaise réaction du public et de la critique en général m’a encouragé à écrire cette lettre ouverte. Peu de temps après avoir commencé d’enseigner au Liban, j’ai découvert que la plupart des acteurs souffraient ici, comme au Danemark et partout ailleurs dans le monde, du même handicap, à savoir un manque total de technique solide et appropriée qui pourrait les aider à dépasser les difficultés qu’ils affrontent face à un personnage fictif. Ils sont livrés à eux-mêmes sans d’autre choix que de se cacher derrière des émotions forcées, des mots poétiques creux, une attitude trop détachée, des déclamations artificielles et bien d’autres bricolages pour masquer leurs imperfections. Tout ceci pose une question : l’intention du théâtre est-elle d’atteindre notre public ? Pouvons-nous espérer de notre spectateur qu’il soit influencé par un comportement illogique, artificiel et injustifié ? Peut-il être touché par ce qu’il voit, s’il ne peut pas y reconnaître un comportement authentique, que ce soit sur scène ou à l’écran ? Bien sûr que non. Pour éviter une autre réaction négative d’une salle de théâtre, nous devons faire le choix délibéré d’évoquer ce problème et de corriger nos erreurs. Comment devons-nous l’envisager ? Tout d’abord, les acteurs ont besoin de découvrir comment ils peuvent vivre l’existence d’une personne authentique sur scène et devant une caméra. Ils ont besoin de réapprendre les choses les plus simples : marcher, parler, écouter, voir, goûter, sentir, boire, etc. Et ce n’est qu’après de longues années à l’atelier à apprendre à travailler leur instrument (corps et esprit), qu’ils seront prêts à montrer leur travail à un public. Mais dès le début, ils doivent prendre conscience de leurs limites. Comme le musicien ne peut pas commencer sa carrière en jouant des symphonies complexes, et comme le peintre ne devrait pas commencer par produire des œuvres abstraites, l’acteur devrait se lancer en essayant son savoir-faire et en respectant ses aptitudes. Il devrait, avant toute chose, observer ses capacités et prendre conscience de ses limites. De cette manière, l’acteur sera déchargé de tout ce derrière quoi il pourrait se cacher, laissé nu avec son expérience qui, elle seule, pourra lui venir en aide. La moindre mauvaise habitude, le moindre cliché ou la moindre attitude inappropriée se verra instantanément et le montrera du doigt. Il ne se laissera plus jamais aller à un quelconque artifice. De cette manière seulement il pourra, lentement et patiemment, avancer vers la découverte de la profondeur de son art, un œil, toujours attentif, posé sur son éventuel « mauvais jeu ». Les talents innés sont rarissimes. C’est l’insistance qu’on met à s’accrocher qui paie. Même si tout a été dit sur la « Method Acting », nous devons tous, acteurs, metteurs en scène, mais aussi spectateurs, critiques, universités et théâtres, en sortir et nous atteler sérieusement à cette tâche. Que nous le voulions ou non, nous devons nous démener jusqu’à ce que les vraies avancées dans ce domaine commencent à prendre leur élan. Cela ne se fera pas du jour au lendemain et le travail n’en sera pas une preuve en soi. Mais nous devons poursuivre notre lutte et nous souvenir des vertus de la patience et du dur labeur. J’ai été très surpris de voir mon adaptation, pour des étudiants, de sketches dramatiques de David Mamet, réunis sous le titre People in a Park, commentée par L’Orient-Le Jour (voir notre édition du 5 courant) comme s’il s’agissait d’une production professionnelle. Je l’ai été encore plus en découvrant que les critiques n’ont pas été capables de reconnaître l’importance de nos efforts pour rester simples et honnêtes – je voudrais rappeler ici qu’il s’agit d’un festival pour les jeunes et qu’il devrait être appréhendé comme tel. C’est, pour cette génération, une occasion unique de mettre ses talents à l’épreuve. Enfin, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour exprimer ma reconnaissance à mes élèves pour m’avoir donné le meilleur d’eux-mêmes, à l’Université Saint-Esprit de Kaslik, pour avoir eu le courage de reconnaître le besoin d’établir la consistance et la continuité au sein de leur département de dramaturgie et au Festival Shams, pour m’avoir accordé sa confiance en me laissant présenter mon travail au Théâtre de Beyrouth. Un nouvel atelier de « Method Acting » aura lieu en avril. Pour tout renseignement et inscription, appeler aux 03/506 279 et 03/485 463. Hassan Preisler
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats J’ai reçu, il y a trois ans, une bourse d’études du Danemark pour voyager au Moyen-Orient et y trouver de nouvelles idées pour mon métier d’acteur. À ce moment-là, je ne savais pas que j’allais tomber amoureux du Liban et que j’y retournerais pour animer des ateliers de « Method Acting » dans les universités et les théâtres. Récemment, mes étudiants en actorat de l’Usek ont présenté le résultat de leur travail au Festival Shams des jeunes. La mauvaise réaction du public et de la critique en général m’a encouragé à écrire cette lettre ouverte. Peu de temps après avoir commencé d’enseigner au Liban, j’ai découvert que la plupart des acteurs souffraient ici, comme au Danemark et partout ailleurs dans le monde, du même handicap, à savoir un manque total de technique solide et appropriée qui...