L’ancien islamiste, Recep Tayyip Erdogan, devenu l’homme politique le plus populaire de Turquie, a été nommé mardi Premier ministre, mais sa première tâche – décider du déploiement de militaires américains dans le pays – risque de mécontenter une large majorité de la population. Sa nomination par le président Ahmet Necdet Sezer lui permet néanmoins de prendre ouvertement la direction d’un gouvernement, dont il avait été écarté il y a quatre mois en raison d’une décision de justice le déclarant inéligible pour les élections législatives. Il dirigeait toutefois, en sous-main, le pays, aux côtés de son bras droit, le Premier ministre sortant Abdullah Gül qui a démissionné mardi pour lui permettre de prendre sa place. Des réformes aux lois électorales adoptées par un Parlement, où son parti possède une majorité écrasante, lui ont permis en effet, dimanche, de remporter une élection législative partielle à Siirt, dans le sud-est du pays, dernière formalité nécessaire pour qu’il puisse devenir Premier ministre. M. Erdogan n’a donné aucune indication quant à savoir s’il entendait bientôt demander au Parlement un nouveau vote sur la question du déploiement de troupes américaines dans le pays, en prévision d’une possible invasion de l’Irak. Le Parlement s’était prononcé, à trois voix près, le 1er mars, contre ce déploiement, reflétant ainsi le fort sentiment de la population, hostile à une guerre dans l’arrière-cour du pays. Ce vote constituait un camouflet pour le gouvernement, qui avait passé plusieurs semaines à négocier un accord sur la question avec les États-Unis, et un problème de taille pour les stratèges du Pentagone, qui pariaient sur l’ouverture de deux fronts – un au nord et un au sud – en cas de guerre contre l’Irak. Les responsables du parti, dont M. Erdogan, ont indiqué envisager de demander un nouveau vote des députés sur la question. Mais ils ont préféré attendre la venue au pouvoir de M. Erdogan pour rallier tous les députés de la majorité de son côté et assurer la crédibilité du nouveau gouvernement. Des députés turcs ont appelé hier à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les déploiements américains en cours dans le pays, estimant qu’ils étaient directement liés à un effort de guerre contre l’Irak. La Turquie a minimisé hier les mises en garde des États-Unis contre une intervention unilatérale de la Turquie au Kurdistan irakien, en cas de guerre contre ce pays, estimant qu’il appartenait à Ankara de prendre ses propres décisions. La Turquie souhaite envoyer des troupes dans le nord de l’Irak afin de conserver le contrôle de cette région, majoritairement peuplée de Kurdes et contrôlée par des factions kurdes depuis la fin de la guerre du Golfe, qu’elle soupçonne d’ambitions séparatistes. Ankara craint qu’un État kurde indépendant dans cette région n’encourage des visées séparatistes au sein de sa propre population kurde.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’ancien islamiste, Recep Tayyip Erdogan, devenu l’homme politique le plus populaire de Turquie, a été nommé mardi Premier ministre, mais sa première tâche – décider du déploiement de militaires américains dans le pays – risque de mécontenter une large majorité de la population. Sa nomination par le président Ahmet Necdet Sezer lui permet néanmoins de prendre ouvertement la direction d’un gouvernement, dont il avait été écarté il y a quatre mois en raison d’une décision de justice le déclarant inéligible pour les élections législatives. Il dirigeait toutefois, en sous-main, le pays, aux côtés de son bras droit, le Premier ministre sortant Abdullah Gül qui a démissionné mardi pour lui permettre de prendre sa place. Des réformes aux lois électorales adoptées par un Parlement, où son parti possède...