Mais où sont donc passés les athlètes victimes du dopage systématique dans l’ex-RDA ? Alors que la date limite du dépôt de demandes d’indemnisations est fixée au 31 mars, seuls une cinquantaine de sportifs ont fait valoir leurs droits en bonne et due forme, bravant ainsi de véritables obstacles techniques et psychologiques. Le projet de loi d’indemnisation voté par le Bundestag (Chambre basse du Parlement allemand) en juin dernier concrétisait pourtant des années de lutte menée par une poignée d’athlètes au nom de quelque 10 000 d’entre eux, cobayes d’un régime communiste avide de succès sportifs internationaux. Historiens et scientifiques s’étaient entendus sur ce chiffre et l’Association des victimes du dopage avait estimé à environ 500 le nombre de personnes effectivement malades pouvant prétendre à ces dédommagements, fixés entre 2 000 et 4 000 euros. Autant dire que le petit nombre de demandes adressées début mars à la Cour administrative fédérale de Cologne chargée de la gestion de ces cas a provoqué étonnement et polémique. Le premier coup est venu d’où on ne l’attendait pas. Ancien président de la Commission des sports du Bundestag, et à ce titre principal artisan du projet de loi, le social-démocrate (SPD) Friedhelm-Julius Beucher assénait mi-février dans les colonnes du quotidien communiste Neues Deutschland de terribles propos : « La question de l’existence d’un dopage d’État en ex-RDA doit de nouveau être posée (...). Car s’il y avait eu du dopage forcé, alors il y aurait plus de demandes ». Même le président de la Confédération allemande des sports (DSB), Manfred von Richtofen, longtemps hésitant sur l’idée de l’indemnisation, qualifia les déclarations de M. Beucher « d’aventureuses ». Les conservateurs de la CDU crièrent, eux, au « cynisme ». De telles affirmations revenaient au fond à disqualifier en quelques mots le travail de la justice, des enquêteurs et des historiens allemands qui, pendant des années, ont mis au jour des pratiques incontestables, ayant conduit notamment en juillet 2000 à la condamnation à 22 mois de prison avec sursis de l’ex-numéro un des sports de RDA, Manfred Ewald. Président de l’association, le médecin Klaus Zoellig continue pourtant de croire que les 300 discussions menées avec d’ex-athlètes donneront lieu à dépôt de dossiers. S’il reconnaît avoir été « au bord de la dépression » fin décembre au vu du nombre de dossiers enregistrés, il pointe pour expliquer ce retard de « difficultés à faire établir les expertises scientifiques ». « En ex-RDA, les médecins disent ne pas avoir les connaissances suffisantes et orientent vers des spécialistes, ce qui coûte cher et prend du temps. En outre, beaucoup de médecins actuels ont été mêlés à ces pratiques, en nient l’évidence et affirment ne pas pouvoir établir d’expertise », observe-t-il. S’ajoutent à ces obstacles les hésitations de certains athlètes : « Ils veulent être vraiment sûrs qu’il sera fait suite à leur demande », selon l’une d’entre elles, Birgit Boese. Et les difficultés psychologiques à « tirer ainsi un trait sur leur gloire passée », selon Andreas Krieger, ex-championne d’Europe du poids en 1986 sous le nom de Heidi Krieger, qui changea de sexe en 1995.
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