Le cinéaste Ingmar Bergman est parti en guerre, à l’occasion de la fête annuelle du cinéma suédois, contre l’interruption par des messages publicitaires des films diffusés à la télévision.Le père de Fanny et Alexandre, âgé de 84 ans, n’a pas assisté à la cérémonie des Scarabées d’or, les récompenses du cinéma suédois décernées en début de semaine à Stockholm, mais il a fait parvenir à l’Académie du cinéma une lettre cinglante fustigeant les « moulins de la finance ». « Quand la diffusion d’un film à la télévision est interrompue et que retentit plus fort une réclame pour des plats cuisinés, des motos ou des serviettes hygiéniques, je deviens furibond, ma pression artérielle augmente et je suis victime d’un choc émotionnel », a écrit Bergman dans une longue diatribe lue par une comédienne. « Je me sens offensé et proprement agressé, comme si j’étais moi-même l’auteur du film brisé », a-t-il poursuivi, égratignant au passage l’indolence de ses collègues. « On ne peut pas dire qu’ils furent nombreux, ceux dont le cinéma est la profession, à tenter d’une manière ou d’une autre d’empêcher le viol manifeste de leurs créations enfantées dans la fatigue et le plus souvent dans l’amour », a-t-il estimé. Seul le réalisateur Vilgot Sjoeman, qui mène la fronde antipublicité à la télévision, a trouvé grâce à ses yeux et reçu pour son engagement un « prix Bergman ». Sjoeman, 78 ans, réalisateur d’Alfred (1995) ou de Taboo (Tabou, 1977), a, selon Bergman, revêtu l’armure de « Don Quichotte surgissant contre les moulins de la finance avec la ferme intention d’étouffer les géants dans leurs agissements honteux. » Bergman travaille actuellement sur un drame télévisé reprenant les personnages de Scènes de la vie conjugale, tourné en 1972 pour le petit écran, puis monté un an plus tard pour le cinéma. Né en 1918, il a notamment réalisé: Un été avec Monika (1953), Le septième sceau (1956), Les fraises sauvages (1957), Cris et chuchotements (1972), La flûte enchantée (1975) et Sonate d’automne (1978).
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