Il n’a pas peur des excès, des mélanges audacieux de coupes et de tissus, des métissages de styles. C’est ce qui fait sans doute la singularité de sa griffe. Et qui lui a valu ce grand succès lors de la récente Semaine de la haute couture à Paris. Zuhair Murad, trente ans tout ronds, semble suivre les traces d’Élie Saab. C’est-à-dire qu’il s’internationalise. En témoignent, les applaudissements nourris du parterre de célébrités qui assistaient au défilé de sa collection printemps-été 2003, le 23 janvier dernier, à l’École des beaux-arts de Paris, en présence notamment de Mme Nazek Hariri. Ainsi que les échos positifs de la presse européenne spécialisée, qui a baptisé sa collection « Belles odalisques ». Si pour sa part il est sobrement de noir vêtu – comme tout styliste qui se respecte ! – Zuhair Murad n’en privilégie pas moins la couleur et les imprimés dans ses créations. Des tenues flamboyantes, où les superpositions de mousseline se marient avec les imprimés, où les broderies envahissent les pantalons aussi légers que des voiles, lesquels se combinent aux tuniques ornées de mille paillettes ou encore aux tops asymétriques inspirés du sari indien. Transparences, taille dénudée et courbes exaltées, la femme Zuhair Murad est « sensuelle, moderne, sûre d’elle, mais surtout mystérieuse », dit-il. Sa « patte » se démarque de celle des autres couturiers de la région par l’histoire que raconte chacun de ses vêtements. Et c’est vrai que la femme qu’il habille se dévoile d’une part mais se couvre par ailleurs... d’une aura d’héroïne de roman. Tour à tour néo-Carmen en jupe, top court et châle orné de fleurs aux couleurs vives ; façon Anna Karenina en robe se terminant par un col capuche; Marquise des anges en robe bustier en cuir, entièrement lacé et dentelle sur jupe en mousseline évanescente ; Sirène en fourreau de mousseline, dentelle et chantoung de soie, brodé de turquoises ; Schéhérazade en tulle or parsemé de paillettes, ou encore néo-charleston en robe à fine bretelles en mousseline rebrodée se terminant en dessous du genou par des plumes... Une robe en perles et diamants Zuhair Murad mélange dans ses créations les références culturelles et géographiques : col Mao pour telle veste, par ailleurs toute en transparences et pierreries. Drapé à l’indienne, mais en soieries et broderies fastueuses. Volants à l’espagnole transcrits dans une version cuir... Il mixe aussi les détails classiques et l’inspiration la plus fantaisiste. Joue sur les paradoxes. Une des six robes de mariée qu’il a présentées dernièrement se distingue par un esprit à la fois lingerie et mantille ! Un corset à balconnet tient lieu de bustier, porté sur une jupe ample en satin duchesse et tulle, et le voile court en dentelle festonnée est en quelque sorte un détournement heureux de la mantille. Découvert dans « Studio el-Fan » Plus classique, le clou du défilé : une robe de mariée à jupe corolle en chantoung de soie et tulle écru, brodée de fil d’or et de cuivre, au corsage piqué de 2 500 diamants et 85 perles blanches et roses, mais échancrée au niveau du nombril, au-dessus duquel se balance une topaze royale taillée en poire. « Cette robe que j’ai baptisée “ Lumière de l’Orient ” est la pièce maîtresse de la collection. Elle a nécessité 250 heures de travail », indique Zuhair Murad, qui ne cache pas sa satisfaction. Et, il y a de quoi. Ce jeune styliste-modéliste, diplômé de la Chambre syndicale de la couture de Paris, a, en l’espace de quelques années, accompli une importante avancée dans son chemin vers la notoriété. Le jeune homme, qui s’était distingué dans l’émission Studio el-Fan, où il avait remporté la médaille d’or du stylisme, et qui avait commencé par vendre ses croquis aux couturiers de la place, a aujourd’hui sa propre maison de couture, occupant quatre étages d’un immeuble à Jdeideh. Il emploie une centaine de personnes : dessinateurs, petites mains, couturiers, brodeuses, etc. Il présente, depuis quatre saisons, ses collections à Rome et à Paris, et a lancé, la saison dernière, une ligne de prêt-à-porter de luxe. « Des tenues de cocktail, de réceptions, etc. », qu’il commercialise dans les pays du Golfe, les grandes capitales européennes et même New York et Hong Kong. Il va inaugurer bientôt un showroom au centre-ville. Récompensé par la Chambre de couture italienne en l’an 2000, qui lui a décerné « l’Ago d’Oro » (L’aiguille d’or), au titre de meilleur créateur international de l’année, Zuhair Murad habille aujourd’hui les vedettes du show-biz et les épouses d’hommes politiques. Il n’en a pas pour autant pris la grosse tête. Aussi réservé et timide que ses créations sont audacieuses, – Darine, sa femme l’épaule dans ses rencontres avec la presse – , il ne joue pas à l’artiste torturé. À la question sur ses aspirations, il répond tout simplement : «Prendre maintenant des vacances avant d’entamer la prochaine collection. » Laquelle sera, paraît-il, construite sur le thème de la guerre du Liban. Cette inspiratrice majeure, muse de tous nos artistes.... Zéna ZALZAL
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