Le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signent, à l’issue d’entretiens à l’Élysée, un traité d’amitié scellant la réconciliation entre la France et la République fédérale d’Allemagne (RFA) et ouvrant une ère de coopération politique sans précédent entre les anciens « ennemis héréditaires ». Ce traité fut l’aboutissement d’un tumultueux processus de rapprochement entre les deux dirigeants, passés de la défiance au respect et à l’admiration mutuels. Le général et le vieux chancelier ont en effet entrepris d’« enterrer le passé » dès 1958 lors d’une rencontre historique, treize ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans la résidence personnelle de de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises. Leur grand dessein s’affirmera au fil des ans et des rencontres : définir un destin commun pour la France et la RFA à travers un accord de coopération inédit qui serve de base à une confédération européenne mais permette aussi d’opposer un front commun à l’Union soviétique au cœur de la guerre froide. Une déclaration commune est mise au point à l’automne 1962 par les deux gouvernements qui arrêtent trois axes de coopération : relations internationales, défense, jeunesse et éducation. Le 16 janvier 1963, le chancelier Konrad Adenauer propose de solenniser cette déclaration sous la forme d’un traité, qui sera soumis à ratification dans les deux pays. Le texte sera signé le 22 janvier à l’Élysée. Le traité, un document comportant 19 articles, renvoie à des accords ultérieurs, notamment celui relatif à l’Office franco-allemand pour la jeunesse (Ofaj), qui sera créé le 5 juillet 1963, et institue un cadre régulier de consultations dans les domaines des affaires étrangères, de la défense et de l’éducation. Il instaure un calendrier contraignant de rencontres, des chefs d’État et de gouvernement aux hauts fonctionnaires : autant de scènes pour les psychodrames, brouilles et autres unions sacrées qui feront l’histoire commune de la France et de l’Allemagne, commentée dans la presse à grand renfort de métaphores conjugales. Le général de Gaulle et Konrad Adenauer joindront au traité une déclaration commune soulignant que « la réconciliation entre le peuple allemand et le peuple français, qui met un terme à des siècles de rivalité, représente un événement historique qui refonde entièrement la relation entre les deux peuples ». L’amitié franco-allemande s’effritera pourtant vite. En mai 1963, lors de la ratification du traité, le Bundestag lui adjoint en effet un préambule qui le vide de son sens. L’assemblée fédérale, où de nombreux élus s’inquiètent de l’affirmation d’un pôle franco-allemand autonome, souligne dans ce texte l’appartenance de la RFA à l’Otan, ses liens avec les États-Unis et évoque même l’entrée de la Grande-Bretagne dans le marché commun, perspective récusée par le général de Gaulle. « Tout ça, pourquoi ? Parce que des politiciens allemands ont peur de ne pas s’aplatir suffisamment devant les Anglo-Saxons ! Ils se conduisent comme des cochons ! », aurait alors déclaré le dirigeant français. La démission de Konrad Adenauer en octobre 1963, qui passa le relais à Ludwig Erhard, atlantiste et pro-américain, accentua le « coup de froid » dans les relations entre la France et la RFA. Le traité de l’Élysée fut modifié par deux protocoles signés le 22 janvier 1988 par François Mitterrand et Helmut Kohl, à l’occasion du 25e anniversaire de sa signature. Les protocoles créaient le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité et le Conseil franco-allemand économique et financier.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer signent, à l’issue d’entretiens à l’Élysée, un traité d’amitié scellant la réconciliation entre la France et la République fédérale d’Allemagne (RFA) et ouvrant une ère de coopération politique sans précédent entre les anciens « ennemis héréditaires ». Ce traité fut l’aboutissement d’un tumultueux processus de rapprochement entre les deux dirigeants, passés de la défiance au respect et à l’admiration mutuels. Le général et le vieux chancelier ont en effet entrepris d’« enterrer le passé » dès 1958 lors d’une rencontre historique, treize ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans la résidence personnelle de de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises. Leur grand dessein s’affirmera au fil des ans et des...