WASHINGTON - Irène MOSALLI À lui seul, il occupe une grande partie de la surface consacrée aux 5200 violons, pianos, violoncelles, banjos et autres instruments de musique que possède le Smithsonian Institution, qui chapeaute le plus important groupe de musées américains. Il s’agit d’un orgue de cinéma que l’on se propose de remettre en marche parce qu’il représente une période de l’histoire américaine dont on se souvient peu, celle du cinéma muet. Cet instrument, qui en quelque sorte donnait la parole aux débuts du septième art et qui se trouve aujourd’hui au National Museum of American History à Washington, a été présenté à la presse. On a pu découvrir sa structure, son excellent état et le rôle vedette qu’il partageait avec les acteurs du film. Il était leur doublure sonore. Au départ, ce rôle était tenu par un orchestre ou un pianiste. Jusqu’au jour où, dans les années 20, une firme américaine, la Wurlitzer Company, rachète à l’inventeur du téléphone Robert Hope-Jones le brevet de sa configuration d’un orgue traditionnel qu’il avait électrifié pour multiplier les jeux et les timbres. Pour sa part, Wurlitzer amplifie le concept d’orgue de cinéma en ajoutant toujours plus de combinaisons aux petits instruments de base et aux percussions: caisses claires, tambourins, castagnettes, xylophones et glockenspiels. Les week-ends des films muets Près de deux mille spécimens ont été ainsi produits, dont celui du Smithsonian conçu en 1929 pour le célèbre Fox Theatre. Le plus grand Wurlitzer original et encore opérationnel est celui du célèbre music-hall new-yorkais, le Radio City, installé en 1932. Le glas de l’orgue de cinéma sonne avec l’avènement du cinéma parlant dans les années 30. Toutefois, l’instrument garde une place de choix dans les salles obscures en continuant à donner de la voix durant l’entracte. Le pape des organistes de cinéma, en 1940, est incontestablement Georges Wright, qui a vécu les temps forts de la comédie musicale américaine et de la grande épopée du jazz. Wright n’a pas cessé d’acheter d’innombrables jeux de tuyaux d’orgue fabriqués par Wurlitzer et de les harmoniser lui-même, privilégiant les attaques et surtout les tremblants. Des salles de spectacle, l’orgue passe aux salles à manger. Autre temps, autres mœurs! Ses résonances grandioses ont eu l’heur d’aiguiser les palais des gourmets. Une chaîne de restaurants, Pizza and Pipe, attire une importante clientèle après avoir installé ses tables autour d’un orgue. D’autres établissements entonnent la même musique avec un égal succès. Ces temps peuvent être encore égrenés par un témoin de l’époque, l’organiste Bob Mitchell, qui vient de fêter ses 90 ans à Los Angeles. Lui peut d’ailleurs continuer à exercer ce métier, car il a l’occasion de se produire tous les week-ends au Silent Movie Theatre, le seul endroit aux États-Unis qui projette toujours des films muets. À lui donc l’accompagnement des hits d’antan mettant en scène Buster Keaton, Charlie Chaplin, Harold Lloyd et les autres.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats WASHINGTON - Irène MOSALLI À lui seul, il occupe une grande partie de la surface consacrée aux 5200 violons, pianos, violoncelles, banjos et autres instruments de musique que possède le Smithsonian Institution, qui chapeaute le plus important groupe de musées américains. Il s’agit d’un orgue de cinéma que l’on se propose de remettre en marche parce qu’il représente une période de l’histoire américaine dont on se souvient peu, celle du cinéma muet. Cet instrument, qui en quelque sorte donnait la parole aux débuts du septième art et qui se trouve aujourd’hui au National Museum of American History à Washington, a été présenté à la presse. On a pu découvrir sa structure, son excellent état et le rôle vedette qu’il partageait avec les acteurs du film. Il était leur doublure sonore. Au départ, ce rôle...