L’un est un géant chauve de 120 kilos au physique gargantuesque considéré comme l’homme de confiance de son père et qui est candidat à la députation. L’autre, la silhouette frêle et l’allure timide, préfère le monde des affaires et la discrétion. Les deux fils du Premier ministre israélien Ariel Sharon, Omri, 38 ans, et Gilad, 36 ans, ne se ressemblent pas du tout, mais se retrouvent tous deux au centre de scandales de corruption qui ébranlent la campagne du Likoud, le parti que dirige leur père, et ont remis en cause la victoire que les sondages lui prédisaient aux élections du 28 janvier. À bien des égards, Omri et Gilad Sharon sont ceux par qui les ennuis sont arrivés pour le Premier ministre. Ceux aussi derrière lesquels M. Sharon se retranche aujourd’hui lorsque les questions des enquêteurs ou de la presse se font trop pressantes. « Je ne m’occupe jamais de questions financières. Je pense qu’il y a peut-être une personne au courant, c’est Omri », déclarait-il en avril dernier à des enquêteurs venus l’interroger à propos de l’affaire du financement illégal de sa campagne pour l’élection à la tête du Likoud, en 1999. « Gilad a dit qu’il s’occuperait du reste (...) Je le dis clairement : je n’ai pas su comment le reste de l’argent a été collecté », a-t-il lancé jeudi soir pour expliquer à ses compatriotes qu’il ignorait comment son fils cadet était parvenu à rembourser quelque 4,2 millions de shekels (près d’un million de dollars) qu’il avait reçus de la part d’une compagnie fictive pour financer sa campagne de 1999. De ses deux fils (M. Sharon en a perdu un troisième, Gour, l’aîné, mort accidentellement en 1967), c’est Omri qui est le plus connu. À cause de son physique bien sûr, mais aussi pour son rôle politique de plus en plus prononcé et visible et à cause de ses ennuis avec la justice dans ce scandale. Peu de choses ont émergé sur le passé d’Omri Sharon, père d’une petite fille, qui vit sur le ranch de son père dans le désert du Néguev (sud du pays). Il a fait des études de droit suivies d’un passage dans les affaires. Mais sa passion et son métier, c’est la politique. Il est apparu au premier plan dès l’entrée en fonctions de son père au poste de Premier ministre, en mars 2001, rencontrant notamment plusieurs fois le dirigeant palestinien Yasser Arafat en tant qu’émissaire de M. Sharon. La mafia à la Knesset Mais Omri Sharon joue surtout un rôle-clé dans les coulisses du Likoud, où il contrôle l’appareil du parti pour le compte de son père. Il a, à ce titre, joué un rôle crucial dans la campagne très controversée qui a précédé l’élection, le 8 décembre, par le comité central, de la liste des candidats du parti à la Knesset. Il figure d’ailleurs à la 27e place sur cette liste, ce qui peut lui permettre d’être élu le 28 janvier. C’est cette campagne qui a donné lieu au premier scandale ayant affaibli le Likoud, lorsqu’il est apparu que certains candidats avaient acheté des voix pour se faire élire sur cette liste et que des membres de la pègre avaient infiltré le parti. Et certains journaux d’évoquer l’entrée de la mafia à la Knesset ! L’enquête a mis en valeur les liens personnels d’Omri Sharon avec certains protagonistes de cette affaire, dont un ancien repris de justice. Soupçonné d’avoir monté les sociétés écrans ayant financé la campagne de son père en 1999, Omri a été interrogé dans le passé par les enquêteurs, mais a choisi de garder le silence. Son frère Gilad avait nettement moins défrayé la chronique jusqu’à ces dernières semaines. Il a préféré le monde des affaires à celui de la politique : ses études terminées, il s’est d’abord occupé de gérer la ferme familiale, avant de se lancer dans l’immobilier en 1995. La semaine dernière, un grand quotidien révélait qu’il avait reçu il y a quelques années, alors que son père était ministre des Affaires étrangères, plusieurs centaines de milliers de dollars de la part d’un homme d’affaires israélien pour son rôle de consultant dans un projet touristique en Grèce qui n’avait jamais vu le jour. Cherchant à faire décoller sa propre campagne, le chef du Parti travailliste, Amram Mitzna, a surnommé M. Sharon « le Parrain » et a décrit Omri et Gilad comme « la Famille ».
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