La Banque centrale européenne a surpris hier en resserrant plus tôt qu’attendu le robinet monétaire pour contrer l’accélération de l’inflation, au risque de ralentir la croissance dans la zone euro et d’affaiblir la monnaie unique. «En augmentant trop rapidement et trop fortement son étreinte, la BCE risque à la fois de ralentir la croissance eurolandaise et d’amoindrir de nouveau la valeur de l’euro», estime Marc Touati, analyste à la Natexis Banque populaire à Paris. La BCE a relevé d’un quart de point de pourcentage son principal taux d’intérêt, le taux minimum pour ses opérations de refinancements hebdomadaires, à 4,75 %. C’est le septième relèvement depuis la naissance de la banque. Depuis novembre 1999, les taux ont été relevés de 2,25 points de pourcentage au total. L’euro est repassé sous les 0,87 USD pour la première fois depuis l’intervention de soutien des grandes banques centrales mondiales le 22 septembre, après une brève remontée immédiatement après l’annonce sur les taux. Vers 15h00 GMT, il a atteint 0,8696 USD. Quelques minutes avant l’annonce, il s’établissait à 0,8738 USD. Les analystes étaient partagés sur l’impact de ce geste sur la monnaie à plus long terme. Toute la question est de savoir si ce nouveau relèvement va rassurer les investisseurs sur les marchés des changes quant à la stabilité des prix dans la zone euro, ou entamer leur confiance dans les perspectives de croissance. Pour Wim Duisenberg, le président de la BCE, en tout cas, cette hausse des taux est «la meilleure contribution» à une croissance économique durable dans la zone euro à moyen terme. Les représentants de la BCE n’excluent certes pas un ralentissement provisoire à court terme de la conjoncture dû à la flambée des prix du brut mais ils sont convaincus que «les forces qui sous-tendent une croissance solide à moyen terme restent en place». Ces déclarations ont surpris alors que certains analystes s’attendent à un ralentissement de la croissance dans la zone euro au second semestre et pensaient que la BCE ne prendrait pas le risque de relever le coût de l’argent dans ce contexte. Dernier signe de tassement en date : l’indicateur de confiance économique a baissé en septembre dans la zone euro à 103,2 contre 104,2 en août, selon des statistiques publiées mercredi. Ces chiffres ont confirmé le repli «très marqué» du moral des ménages en France en septembre annoncé par l’Insee, et la dégradation du climat des affaires en Allemagne pour le troisième mois consécutif. Mais pour M. Duisenberg, la croissance économique de la zone euro a simplement atteint son «rythme de croisière» après une phase d’«accélération». Et si menace il y a, elle se trouve du côté de l’inflation, traditionnelle bête noire de la BCE. Il faudra «du temps» avant que l’inflation dans la zone euro ne repasse au-dessous de 2 %, seuil de tolérance à moyen terme de la BCE, a estimé son président. Depuis juin, l’inflation dépasse ce seuil et en septembre, elle devrait dépasser les 2,5 %. D’autres analystes estiment toutefois que la décision surprise de la BCE était moins motivée par l’inflation que par l’euro et qu’à plus long terme, ce nouveau relèvement devrait soutenir la monnaie unique. Selon eux, la banque a voulu compléter l’intervention concertée qui n’avait que provisoirement projeté la monnaie au-dessus 0,89 USD. La BCE voulait bénéficier d’un «effet de surprise avec pour objectif de stabiliser l’euro», estime Emmanuel Ferry, économiste spécialiste de la zone euro à la société d’investissement Exane. Selon M. Ferry, on assiste donc à une «accélération du calendrier de resserrement des taux pour cause d’euro faible».
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