Le groupe médiatique Media-Most de Vladimir Goussinski, attaqué en justice par le monopole gazier Gazprom qui exige que celui-ci honore un accord de cession signé en juillet, a dénoncé hier un «racket» exercé par l’État, s’en remettant cependant au président Poutine. «Nous avons avec ce document la preuve, paraphée par un ministre, que l’État pratique un véritable racket», a affirmé Evgueni Kisselev, le directeur de la télévision NTV du groupe Media-Most, brandissant le texte de l’accord signé en juillet. Celui-ci, portant notamment selon Media-Most la signature du ministre de l’Information Mikhaïl Lessine, prévoit l’effacement de ses dettes et la cession du groupe médiatique au monopole gazier contrôlé par l’État en échange de la fin de poursuites judiciaires contre M. Goussinski. Une annexe à l’accord, distribuée à la presse, prévoit également «la garantie de sécurité, des droits et des libertés, notamment la liberté de mouvement pour M. Goussinski et les autres actionnaires et dirigeants» de Media-Most. Les dirigeants des médias du groupe, comprenant, outre NTV, la radio Echo de Moscou, le quotidien Segodnia et l’hebdomadaire Itogui, ont indiqué avoir demandé une entrevue à Vladimir Poutine qui, selon eux, «n’est pas informé des détails de l’affaire». L’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a dénoncé «un chantage grossier», des pratiques «révoltantes» qui «menacent la liberté de la presse» et a aussi demandé une entrevue à Poutine. M. Goussinski a affirmé avoir été contraint de signer ce texte sous la menace de nouvelles poursuites dans l’affaire d’escroquerie remontant à 1997 pour laquelle il avait passé plusieurs jours en prison en juin. L’affaire avait été close fin juillet, alors que M. Goussinski, dont le groupe de presse est en guerre ouverte avec le Kremlin, était autorisé à quitter la Russie, où il n’est pas revenu depuis. Mais Gazprom, principal créancier de Media-Most, a saisi mardi le parquet général d’une plainte contre les responsables du groupe pour non-remboursement de crédit et transfert d’actifs dans des zones offshore. Le parquet a laissé entendre que Vladimir Goussinski serait convoqué pour interrogatoire dans le cadre de cette nouvelle affaire. «Si M. Goussinski ne se rend pas au parquet, des mesures appropriées seront prises», a commenté l’adjoint au procureur général, Vassili Kolmogorov, n’excluant pas que l’intervention d’Interpol soit requise. Gazprom veut notamment «pouvoir faire saisir les actifs de Media-Most en Russie ou à l’étranger» dans le cas où Media-Most n’honorerait pas ses engagements, a expliqué le directeur général de Gazprom-Media, Alfred Kokh, dans une conférence de presse. Gazprom, actionnaire de Media-Most à hauteur de 14 %, avait révélé lundi la teneur de l’accord signé le 20 juillet dernier aux termes duquel Vladimir Goussinski acceptait de céder son groupe pour une somme de 773 millions de dollars. Cette somme représente une dette de 473 millions de dollars due à Gazprom, plus un apport de 300 millions de dollars d’argent frais. Media-Most, qui considère cet accord comme nul et non avenu, affirme pouvoir faire face à ses dettes grâce à des investisseurs étrangers et «si le pouvoir n’empêche pas un compromis». Le groupe a notamment affirmé avoir proposé à Gazprom le 15 septembre la cession de 25 % de ses actions en échange de l’annulation des dettes.
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