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Actualités - Chronologie

Russie Après le Koursk, l'amère rancune des familles endeuillées par la Tchétchénie

«Une profonde injustice, une offense pour des milliers de familles» : Tatiana Krouglova, la mère d’Anton, mort à 20 ans en Tchétchénie, refoule à grand- peine la douleur qui a rejailli quand elle a appris qu’une aide spéciale serait offerte aux proches des marins du Koursk. À 49 ans, des mois de souffrance masqués derrière un visage lisse, Tatiana s’interroge sur l’absurde réalité des chiffres. «Ils reçoivent un million de roubles. Nous, moins de 100 000. Mais tous accomplissaient leur devoir. Alors pourquoi cette différence entre un soldat russe mort en Tchétchénie et un marin du Koursk?». Après le naufrage du sous-marin russe, le 12 août, le vice-Premier ministre Valentina Matvienko était elle-même allée remettre aux familles des 118 marins disparus une aide exceptionnelle de Moscou : un livret d’épargne avec 720 000 roubles (26 000 dollars), une somme considérable compte tenu des maigres salaires dans l’armée. Un appartement gratuit avait aussi été promis à tous ceux qui souhaitaient changer de vie. À Novo-Peredelkino, une banlieue grise de Moscou, Tatiana et son époux Iouri, loin du feu médiatique qui a entouré la tragédie du Koursk, vivent le quotidien anonyme des familles russes meurtries par la guerre de Tchétchénie. Le 29 décembre 1999, la mort brutale d’Anton sous les balles des rebelles tchétchènes brise le bonheur de cette famille de scientifiques originaire du Kamtchatka, en Extrême-Orient russe, installée depuis cinq ans à Moscou. Tatiana et Iouri se mettent alors en quête des aides matérielles qui leur reviennent. Rapidement, ils obtiennent l’indemnisation de base prévue pour tout soldat russe mort en service : une somme égale à 120 soldes – 50 000 roubles (1 800 dollars) dans leur cas – plus 25 soldes pour chaque membre de la famille. Ils apprennent aussi qu’ils peuvent prétendre à une aide supplémentaire : 50 % du loyer, soit 300 roubles pour leur trois-pièces, la moitié des factures d’électricité et de téléphone, la gratuité des transports en commun. Commencent alors de multiples tracasseries. Tatiana raconte «l’indifférence des services d’aide sociale, les démarches auprès de la Fondation pour les droits de la mère, qui assiste les familles des soldats morts sous les drapeaux, les consultations avec les juristes». «Nous avons dû nous battre, il a fallu des mois», confie Tatiana, en montrant timidement la carte plastifiée rouge, numéro 669 503, qui fait d’elle, enfin, une «mère de soldat disparu». Maigre consolation dans sa douleur, aujourd’hui avivée par une «immense rancune» à l’égard de l’État. «Bien sûr, nous n’en voulons pas aux familles des marins du Koursk. Mais à l’État, qui privilégie certains par rapport à d’autres», souligne Valeria Pantoukhina, porte-parole de la Fondation pour les droits de la mère. «Pourquoi le président Vladimir Poutine demande-t-il pardon pour l’accident du sous-marin, et pas pour la guerre en Tchétchénie?». Tatiana, elle, croit comprendre que Vladimir Poutine, cible des médias qui l’ont vivement critiqué pour ne pas avoir organisé assez vite les secours, veut à présent se racheter. «Ou peut-être cacher quelque chose sur l’origine de l’accident, et faire taire les familles». Mme Matvienko a en tout cas rejeté toute accusation de discrimination. «Ce n’est pas éthique, pas correct», a-t-elle affirmé dans une récente interview au quotidien Kommersant. Elle a même expliqué que le gouvernement avait ouvert un compte spécial à la disposition des particuliers, associations et entreprises souhaitant aider les familles endeuillées par le conflit en Tchétchénie, et assuré que près de 100 millions de roubles (3,6 millions de dollars) y ont déjà été versés.
«Une profonde injustice, une offense pour des milliers de familles» : Tatiana Krouglova, la mère d’Anton, mort à 20 ans en Tchétchénie, refoule à grand- peine la douleur qui a rejailli quand elle a appris qu’une aide spéciale serait offerte aux proches des marins du Koursk. À 49 ans, des mois de souffrance masqués derrière un visage lisse, Tatiana s’interroge sur l’absurde réalité des chiffres. «Ils reçoivent un million de roubles. Nous, moins de 100 000. Mais tous accomplissaient leur devoir. Alors pourquoi cette différence entre un soldat russe mort en Tchétchénie et un marin du Koursk?». Après le naufrage du sous-marin russe, le 12 août, le vice-Premier ministre Valentina Matvienko était elle-même allée remettre aux familles des 118 marins disparus une aide exceptionnelle de Moscou : un livret...