Avec l’opposition de Platon, inévitablement les pistes furent brouillées. Toutefois, la rencontre de Pythagore et des descendants de Mokhos est très vraisemblable : la science grecque au VIe siècle en porte les traces, notamment l’école éléatique, dont Xénophane de Colophon passe pour le fondateur (Diogène Laërce, IX, 2, 20). Xénophane lutte contre le polythéisme, le mensonge des poètes, l’immoralité des dieux et leurs métamorphoses. Il veut remplacer un polythéisme amoral par un monothéisme éthique. Il aura pour disciple Parménide, Empédocle, Melissos, Platon. Le Dieu de Platon est bon (République 380d – 383c). Touchant la philosophie de Xénophane, nous citerons la synthèse de Diderot : «Rien ne se fait de rien. Ce qui est a donc toujours été, mais ce qui est éternel est infini ; ce qui est infini est un : car où il y a dissimilitude, il y a pluralité. Ce qui est éternel, infini, un, partout le même, est aussi immuable et immobile : car s’il pouvait devenir autre, il y aurait en lui des choses qui commenceraient, et des choses qui finiraient sans cause… Il n’y a qu’un être qui soit éternel, infini, un, immuable, immobile, tout ; et cet être est Dieu. Dieu n’est point corps ; cependant sa substance, s’étendant également en tout sens, remplit un espace immense, sphérique. Il n’a rien de commun avec l’homme…» Dans cette conception monothéiste du monde, il transparaît que l’on part du plus petit pour expliquer le plus grand. Elle répond à la vision de l’atomisme Jaina (connu au VIe siècle av. J-C), de la pénétrabilité de l’atome, mais sans le vide. L’unité indivisible, c’est ce que signifie le terme «atome». Dans le «Un» de Parménide, il y a l’«atome». Diderot poursuit : «On dit que Xénophane succéda à Télauge, fils de Pythagore, qui enseignait en Italie la doctrine de son père. Ce qu’il y a de certain, c’est que les “éléatiques” furent quelquefois appelés “pythagoriciens”». «Il se fit un grand schisme dans l’école “éléatique”, qui se divisa en deux sortes de philosophes qui conservèrent le même nom, mais dont les principes furent aussi opposés qu’il était possible qu’ils le fussent ; les uns se perdant dans des abstractions et, élevant la certitude des connaissances métaphysiques au dépens de la science des faits, regardèrent la physique expérimentale et l’étude de la nature comme l’occupation vaine et trompeuse d’un homme qui, portant la vérité en lui-même, la cherchait au-dehors, et devenait, de propos délibéré, le jouet perpétuel de l’apparence et des fantômes ; de ce nombre furent Xénophane, Parménide, Melissos et Zénon. Les autres, au contraire, persuadés qu’il n’y a de vérité que dans les propositions fondées sur le témoignage de nos sens, et que la connaissance des phénomènes de la nature est la seule philosophie, se livrèrent tout entiers à l’étude de la physique : et l’on trouve à la tête de ceux-ci les noms célèbres de Leucippe, de Démocrite, de Protagoras, de Diagoras et d’Anaxarque. Ce schisme nous donne la division de l’histoire de la philosophie éléatique en histoire de l’“éléatisme” métaphysique et de l’histoire de l’“éléatisme” physique». De cette division sortiront les deux voies qui seront celles de la théorie de la musique. Elles répondent à l’image de la rencontre du pythagorisme delphique et de l’atomisme sidonien. Denise Jourdan-Hemmerdinger et D. Diderot, Opinion des anciens philosophes, Paris, 1798.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Avec l’opposition de Platon, inévitablement les pistes furent brouillées. Toutefois, la rencontre de Pythagore et des descendants de Mokhos est très vraisemblable : la science grecque au VIe siècle en porte les traces, notamment l’école éléatique, dont Xénophane de Colophon passe pour le fondateur (Diogène Laërce, IX, 2, 20). Xénophane lutte contre le polythéisme, le mensonge des poètes, l’immoralité des dieux et leurs métamorphoses. Il veut remplacer un polythéisme amoral par un monothéisme éthique. Il aura pour disciple Parménide, Empédocle, Melissos, Platon. Le Dieu de Platon est bon (République 380d – 383c). Touchant la philosophie de Xénophane, nous citerons la synthèse de Diderot : «Rien ne se fait de rien. Ce qui est a donc toujours été, mais ce qui est éternel est infini ; ce qui est infini est...