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Actualités - Chronologie

Festival - Aniki mon frère à Deauville Kitano ensanglante le grand écran

Parce qu’«Aniki mon frère» (Brother) est son premier long métrage tourné aux États-Unis, Takeshi Kitano a été invité à le présenter aux festivaliers de Deauville. Ces derniers ont réservé un accueil mitigé à cette œuvre où la violence la plus extrême le dispute à l’esthétique la plus raffinée. Kitano filme Los Angeles et ses environs comme il le ferait d’un paysage japonais, avec toujours une nuance bleutée. Au premier regard, on jurerait que le personnage de yakuza qu’il endosse une fois de plus n’a pas quitté son Japon natal. C’est pourtant le cas. Yamamoto/Aniki (Beat Takeshi, nom de scène de Kitano) s’exile aux États-Unis pour ne pas se soumettre au clan yakuza qui a abattu son chef. Là-bas, il rencontre son demi-frère Ken (Claude Maki). Il prend très vite les choses en main. Il extermine des chefs chicanos et s’allie à un autre caïd japonais, Shirase (Masaya Kato). Entre-temps, une réelle amitié se noue avec l’un des membres de la bande de son demi-frère, Denny (Omar Epps), même si leur premier contact fut plutôt rude (Aniki balafre Denny avec un tesson de bouteille). C’est lorsque le nouveau clan décide de ne pas partager équitablement avec la mafia que la guerre éclate et se solde par l’extermination du clan. Sauf Denny, qui s’enfuit avec un joli magot, dernier cadeau de son frère d’armes japonais. «Au Japon, les liens qui unissent un clan de yakuzas sont considérés comme “plus forts que le sang de deux frères”», explique le réalisateur japonais. «Je voulais transposer le style des yakuzas japonais dans le contexte de Los Angeles», ajoute-t-il. Antithèse Kitano est sans conteste l’un des plus grands – sinon le plus grand – cinéastes japonais contemporains. Son premier long métrage – Violent Cop – remonte à 1989. Il reçoit sa première consécration en Europe avec Sonatine (1993) et se fait une renommée internationale lorsqu’il repart de Venise avec le Lion d’or pour Hana-Bi en 1998. L’an dernier, il présentait à Cannes, en compétition, L’été de Kikujiro. Cette année, il était encore présent sur laCroisette mais comme acteur, dans Tabou, de Nagisa Oshima, avec lequel il avait déjà tourné Furyo (1983). L’été de Kikujiro était une charmante comédie. Anaki mon frère en est l’antithèse. Comme toujours, Kitano a un sens admirable des espaces et des silences, ces derniers mêmes contribuant à donner encore plus de densité aux premiers. Une fois encore, il est ce truand impitoyable et muet, mais au sens de l’honneur adamantin, capable même parfois d’être facétieux. Avec son «frère» Denny par exemple, qu’il bat régulièrement à toutes sortes de jeux d’enfants en trichant. Une fois encore, sa mise en scène est irréprochable et son sens du cadrage est parfois étourdissant. Mais la violence de son film est à ce point répétée et crue qu’elle en devient insupportable. Comme Martin Scorsese avec Casino, il semble que Takeshi Kitano avait besoin de franchir un pas de plus dans la brutalité et le bain de sang avec Anaki mon frère. Dans l’auditorium du palais des Congrès où fut projeté le film, plusieurs scènes ont, c’était audible, provoqué des haut-le- cœur. D’où sans doute l’accueil réservé du public : peu de huées, mais des applaudissements peu nourris également. De fait, Kitano s’était senti obligé d’avertir le public en présentant son film. Montré deux jours auparavant à la Mostra de Venise, il avait prévenu que l’audience italienne avait eu du mal à absorber ces flots de sang et comptait sur le public français pour avoir l’estomac mieux accroché. Il a aussi insisté sur le fait que, même si le film avait été tourné aux États-Unis, avec des techniciens américains dont il chante les louanges dans le dossier de presse, il n’en restait pas moins un film japonais.
Parce qu’«Aniki mon frère» (Brother) est son premier long métrage tourné aux États-Unis, Takeshi Kitano a été invité à le présenter aux festivaliers de Deauville. Ces derniers ont réservé un accueil mitigé à cette œuvre où la violence la plus extrême le dispute à l’esthétique la plus raffinée. Kitano filme Los Angeles et ses environs comme il le ferait d’un paysage japonais, avec toujours une nuance bleutée. Au premier regard, on jurerait que le personnage de yakuza qu’il endosse une fois de plus n’a pas quitté son Japon natal. C’est pourtant le cas. Yamamoto/Aniki (Beat Takeshi, nom de scène de Kitano) s’exile aux États-Unis pour ne pas se soumettre au clan yakuza qui a abattu son chef. Là-bas, il rencontre son demi-frère Ken (Claude Maki). Il prend très vite les choses en main. Il extermine des...