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Actualités - Opinion

Tribune La montée de Feyrouz à Beiteddine

Le simple parcours de Beyrouth à Beiteddine que le public de Feyrouz a dû couvrir pour l’entendre les 4 et 5 août fut transformé, pour l’occasion, en un véritable pèlerinage. Plus de cinq mille personnes se sont déplacées, chaque fois, dans une ferveur commune, pour le véritable «come-back» de la grande chanteuse au prestige international. On a attendu Feyrouz et elle est venue, sous des applaudissements. Dès les premiers mots chantés, la magie a joué. Une femme se tenait au milieu d’un orchestre symphonique et devant un immense public, droite, debout, regardant devant elle, au loin, et regardant en elle-même, retrouvant cette ambiguïté, ce génie qui fait de cet être si introspectif une star pour les foules. Sa voix ne paraissait pas, pour certains, aussi puissante que par le passé, mais le chant n’est pas une compétition sportive, surtout chez une femme qui a l’audace d’affronter un public à l’âge où d’autres se sont tues depuis des décennies. Pourtant, cette voix indescriptible a gagné, avec le temps, un étrange pouvoir d’intimité et d’émotion : alors que dans le passé elle régnait telle une reine sur un public subjugué par une voix incomparable, elle a, ces derniers jours, chanté pour chacun et chacune de nous, comme si elle atteignait, directement, cette région de l’esprit où le corps et l’âme se rejoignent en une frontière commune. Distante, comme elle peut l’être et l’est toujours, elle s’est approchée de nos âmes et, en fin de compte, nous a parlé de nous-mêmes. Ses multiples douleurs figées sur le visage, sa voix a manifesté une générosité profonde que le public, fait essentiellement de jeunes, a applaudi en trépignant, en sifflant, en dansant et en écoutant. De chanson en chanson, elle est remontée en sa propre mémoire et la puissance est revenue, et sont revenues ces inflexions qui lui sont particulières et avec lesquelles elle transforme les mots du quotidien le plus simple en expérience quasi mystique. Elle sait se tenir debout comme une de ces icônes de génie et de mystère que l’on trouve parfois, avec surprise, dans des églises d’îles peu connues, elle regarde la foule du fond des âges puis, soudainement, trouve les accents de la séduction, du charme et de l’envoûtement. Elle projette un érotisme étrange ; elle dévoile tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle pourrait être, sans insister et tout en gardant son secret, et cela rend ses auditeurs tout à fait fous : ils ont à faire à une chanteuse de charme et à une recluse, tout à la fois, dans la même seconde, dans la même intonation. Sa voix est un instrument de musique, proche et distinct de ceux de l’orchestre, instrument qu’elle semble avoir inventé et qui, pourtant, semble tout naturel. Elle a donné au festival qui l’a invitée son sens étymologique de fête populaire et sacrée. Ainsi elle a eu plusieurs fois des gestes presque antiques, portant ses mains pâles autour de son visage pour saluer la foule et recevoir d’elle un hommage qui la bouleversait. C’est ainsi que petit à petit, vers la fin, ses auditeurs ont allumé dans la nuit leurs briquets, vacillants et lumineux, petits bateaux allumés sur une mer de gens ; ils sont venus écouter jusqu’à la ballade dernière, et pour s’assurer que cette légende était bien vivante, cette femme douloureuse et triomphante comme personne d’autre n’est arrivé à l’être.
Le simple parcours de Beyrouth à Beiteddine que le public de Feyrouz a dû couvrir pour l’entendre les 4 et 5 août fut transformé, pour l’occasion, en un véritable pèlerinage. Plus de cinq mille personnes se sont déplacées, chaque fois, dans une ferveur commune, pour le véritable «come-back» de la grande chanteuse au prestige international. On a attendu Feyrouz et elle est venue, sous des applaudissements. Dès les premiers mots chantés, la magie a joué. Une femme se tenait au milieu d’un orchestre symphonique et devant un immense public, droite, debout, regardant devant elle, au loin, et regardant en elle-même, retrouvant cette ambiguïté, ce génie qui fait de cet être si introspectif une star pour les foules. Sa voix ne paraissait pas, pour certains, aussi puissante que par le passé, mais le chant n’est pas une...