Elle n’a rien d’une nonne Sister Parish avec son esprit de réparties, souvent cinglantes. Ni d’une «grand-mère», bien qu’elle soit considérée comme l’aïeule de la décoration intérieure. Même pas d’une «mère», toute génératrice qu’elle soit du style «country». Des attributs qui servent à la placer dans le temps, mais qui ne disent en rien sa personnalité de femme forte et de novatrice audacieuse et talentueuse. Née Dorothy May Kinnicutt (à New York, en 1910), elle avait été surnommée «Sister» par son jeune frère et ce sobriquet était resté son prénom. Aujourd’hui, il est le titre d’un ouvrage qui vient de paraître et qui relate une vie conjuguant une explosion de fantaisie, de luxe et de labeur. Il porte la signature de l’une de ses filles et de ses petites-filles. Issue de la grande bourgeoisie new-yorkaise Sister Parish est le style «country», celui qui continue à vivre de beaux jours avec sa tendance à la fois informelle, mélange de genres et sophistiquée. Issue de la grande bourgeoisie new-yorkaise, elle a vu le jour avec une cuillère en argent dans la bouche et jusque dans les années 30, selon ses dires, elle «ne s’était jamais versée elle-même un verre d’eau et n’avait jamais fermé une fenêtre». Après son mariage avec Harry Parish, en 1930, elle a commencé par décorer sa résidence secondaire. Le résultat fut si étonnamment beau qu’un de ses voisins, sénateur de l’époque, lui avait demandé de décorer le restaurant d’un de ses amis. Ses connaissances ont aussi eu recours à ses conseils. Durant la Dépression, son mari avait fait de mauvaises affaires. Ne voulant nullement renoncer à mener la grande vie, elle décide, en 1933, de faire de ses jeux de cachemire, de soie, de chintz et d’orchidées une source de revenu. Mais selon ses propres diktats. Ses clients et ses clientes (toute la crème de la crème new-yorkaise) n’auraient jamais eu l’idée de contester ses idées... ni la présence de son pékinois qui l’accompagnait partout. Jacqueline Kennedy a même fait appel à elle pour «rafraîchir» la Maison-Blanche. Haro sur l’ameublement solennel Ce que l’on aime en elle c’est qu’elle ait bouleversé la mode de l’ameublement américain, sombre, solennel et raide, avec ses mornes peintures pastorales. Elle avait convaincu ses clients d’investir dans les couleurs brillantes, les meubles peints, les tapis à tissage rugueux, les lits à colonnes, l’art ethnique, les jetés tricotés et les kilts. Sister Parish n’a jamais clamé qu’elle faisait du neuf. «L’innovation, disait-elle, est souvent l’habilité de plonger dans le passé et d’y ramener ce qui est bon, utile et durable». Cette femme du beau monde n’avait reçu aucune formation académique et professionnelle. Elle carburait à son seul instinct esthétique qui ne l’a jamais trompée. Elle utilisait des couleurs vibrantes (par exemple du rouge pour les murs et une tonalité différente de rouge pour le parquet) et avait le flair pour mélanger harmonieusement les meubles anciens avec les nouveaux et avec les objets peu coûteux. On s’adressait à elle pour la classe et l’élégance de son savoir-faire qui sont devenus son label. Sans oublier son humour, souvent caustique, qui fusait à tout instant. Se trouvant pour la première fois dans la résidence de la non moins célèbre Estée Lauder et se croyant seule dans la pièce, elle s’était exclamée «qu’est ce que je pourrais faire avec tout cela». L’hôtesse des lieux, qui avait tout entendu, est venue lui tapoter gentiment la joue en répliquant : «Qu’est-ce que je pourrais faire de cela avec mes produits». Il n’y a pas eu de collaboration professionnelle entre ces deux fortes têtes. Selon le bijoutier Kenny Lane, Parish semblait sortir tout droit d’un roman d’Edith Wharton. Toute forte tête qu’elle était, elle avait «découvert le bonheur que peuvent procurer les objets familiers : un pommier, un coin de jardin, une haie fraîchement taillée. J’essaie de distiller cette chance que j’ai eue dans chacune des maisons que j’arrange. Certains pensent que le décorateur doit changer un intérieur. Pour ma part, j’essaie d’insuffler la permanence et de mettre en valeur l’expérience, les souvenirs et les sentiments qui feront de la maison un foyer».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Elle n’a rien d’une nonne Sister Parish avec son esprit de réparties, souvent cinglantes. Ni d’une «grand-mère», bien qu’elle soit considérée comme l’aïeule de la décoration intérieure. Même pas d’une «mère», toute génératrice qu’elle soit du style «country». Des attributs qui servent à la placer dans le temps, mais qui ne disent en rien sa personnalité de femme forte et de novatrice audacieuse et talentueuse. Née Dorothy May Kinnicutt (à New York, en 1910), elle avait été surnommée «Sister» par son jeune frère et ce sobriquet était resté son prénom. Aujourd’hui, il est le titre d’un ouvrage qui vient de paraître et qui relate une vie conjuguant une explosion de fantaisie, de luxe et de labeur. Il porte la signature de l’une de ses filles et de ses petites-filles. Issue de la grande...