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Actualités - Chronologie

Teresa Malek, survivante d'Auswchwitz, accepte l'argent du sang à contrecoeur

Teresa Malek, survivante d’Auschwitz, voudrait refuser les deutschemarks promis par l’Allemagne pour solde de tout compte. Mais avec 400 dollars par mois à New York, elle n’en a pas les moyens. Cette frêle grand-mère de 76 ans au pâle sourire a quitté en 1965 sa Roumanie natale, où elle était rentrée après avoir été libérée par l’Armée soviétique, pour émigrer aux États-Unis où vivait une belle-sœur. Depuis 1997 et la mort de son mari, ouvrier bijoutier à Brooklyn, elle subsiste grâce au minimum-vieillesse américain (774 dollars mensuels) et des aides sociales en nature auxquelles sont venus s’ajouter, depuis deux ans, 760 dollars par trimestre envoyés par un fonds social allemand pour les survivants et travailleurs forcés originaires des pays de l’Est. «Quand on a commencé à parler de cet argent, je me suis dit “Je ne touche pas un penny. C’est l’argent du sang. Celui de mes parents, de mes sœurs”», soupire-t-elle dans son minuscule appartement de Manhattan. «Mais je ne suis pas dans une très bonne situation en Amérique. J’ai besoin de cet argent. Plus que je ne saurais le dire». L’industrie et le gouvernement allemands ont accepté en décembre 1999 de verser à parts égales une somme globale de 10 milliards de DM en échange de l’arrêt définitif des poursuites à leur encontre. Les premiers versements sont attendus au début de l’année prochaine. Teresa caresse du pouce le matricule tatoué à l’intérieur de son avant-bras gauche. «Est-il possible de payer pour ce qu’ils nous ont fait ? Jamais. Ils ont tué les miens. Dix fois ce qu’ils vont donner ne suffirait pas. Mais les négociateurs juifs ont accepté, nous devons accepter aussi. Que faire d’autre ?». Chassée de sa maison et envoyée en Hongrie en 1942, séparée de ses parents à 17 ans, l’étoile jaune, parquée dans un ghetto, les wagons plombés, deux séjours à Auschwitz, sept mois de travail forcé dans une usine d’armement intégrée au camp de Plasov (Pologne), seize jours de «marche de la mort» en 1945 : l’odyssée de Teresa au cœur des ténèbres est un condensé de l’horreur nazie. «Et, aujourd’hui, sa situation est l’une des plus difficiles», déplore Lilian Sicular, assistante sociale de l’association Self Help, qui aide Teresa à débroussailler le maquis de procédures et de démarches auxquelles elle ne comprend pas grand-chose. «Une fois payé le loyer, il lui reste moins de 400 dollars. C’est très dur, presque impossible de vivre à New York avec si peu d’argent». Sur la table de formica, un relevé de la Chase Manhattan Bank. Trois lignes. Crédit : 2,09 dollars. «Comment je fais ? Je reste chez moi, sans rien faire», murmure-t-elle dans un anglais toujours teinté d’accent roumain. «Je ne peux avoir aucune vie sociale. Mes amies de Brooklyn me manquent, mais ici je suis près du docteur». Un paravent de toile sépare le petit lit du reste de la pièce. Le coin cuisine est vide. Quatre pêches jaunes sur un rebord de fenêtre. Au pied de l’immeuble, un traiteur de luxe vend des camemberts français et de l’huile d’olive de Toscane. «Je connais des survivants qui touchent tellement d’argent ! Des fortunes ! 600 dollars par mois ! Mais comme nous étions en Roumanie, nous n’avons pas pu faire les démarches dans les années 50, comme eux. C’est injuste». «S’ils finissent par donner quelque chose, j’aimerais aller en Israël. Je n’ai jamais vu Israël. Peut-être y acheter un petit appartement...». «Oui, Teresa», l’interrompt Lilian Sicular, qui sait que les sommes ne devraient pas dépasser, en fonction du préjudice subi, 5 000 à 15 000 deutschemarks. «Un voyage en Israël, ce ne serait déjà pas si mal, non ?»
Teresa Malek, survivante d’Auschwitz, voudrait refuser les deutschemarks promis par l’Allemagne pour solde de tout compte. Mais avec 400 dollars par mois à New York, elle n’en a pas les moyens. Cette frêle grand-mère de 76 ans au pâle sourire a quitté en 1965 sa Roumanie natale, où elle était rentrée après avoir été libérée par l’Armée soviétique, pour émigrer aux États-Unis où vivait une belle-sœur. Depuis 1997 et la mort de son mari, ouvrier bijoutier à Brooklyn, elle subsiste grâce au minimum-vieillesse américain (774 dollars mensuels) et des aides sociales en nature auxquelles sont venus s’ajouter, depuis deux ans, 760 dollars par trimestre envoyés par un fonds social allemand pour les survivants et travailleurs forcés originaires des pays de l’Est. «Quand on a commencé à parler de cet argent,...