Le président indonésien Abdurrahman Wahid a nommé hier un nouveau gouvernement, formé en majorité de proches, mais l’absence de la vice-présidente Megawati Soekarnoputri lors son annonce a immédiatement suscité des spéculations sur des dissensions au sommet de l’État. M. Wahid a ironisé sur l’absence de Mme Soekarnoputri à sa conférence de presse, en déclarant qu’elle avait voulu «rentrer rapidement chez elle pour prendre une douche». Mme Soekarnoputri, qui dirige la plus importante formation, le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), serait en fait en désaccord avec la nomination de plusieurs ministres, selon des sources au palais présidentiel. Elle aurait notamment contesté celle du ministre de l’Économie, l’universitaire Rizal Ramly, pour ses critiques du Fonds monétaire international (FMI) et son manque de poids politique, et celle du ministre des Finances, Priyadi Praptosuharjo. M. Wahid, élu en octobre 1999, avait annoncé lors de la session de l’Assemblée consultative du peuple, la semaine dernière, qu’il formerait un gouvernement plus professionnel. Il avait aussi indiqué qu’il confiait la gestion des affaires courantes à Mme Soekarnoputri. Sa nouvelle équipe de 26 ministres – contre 35 précédemment – est en majorité composée de fidèles, ont relevé des analystes politiques. 19 membres ont été reconduits. Le gouvernement comprend deux nouveaux postes de ministre chargé de la coordination, confiés à Rizal Ramly, pour le secteur économique, et pour les affaires politiques et de sécurité à un général à la retraite, Susilo Bambang Yudhoyono, un proche de Wahid. Ces deux ministres doivent épauler Mme Soekarnoputri, dont les capacités à gérer des dossiers délicats ont été ouvertement mises en doute par certains responsables politiques. À la Défense, un professeur en sciences politiques de l’Université de Yogyakarta, M. Mahfud, remplace Yuwono Sudarsono, premier civil nommé à ce poste, victime d’une attaque cardiaque l’année dernière. «Ce gouvernement est celui des hommes du président», a commenté un économiste, Syahrir, interrogé par la chaîne privée de télévision SCTV. M. Wahid, qui peut compter sur moins de dix pour cent des sièges à l’Assemblée, a affirmé lors de sa conférence de presse que sa composition avait été décidée avec Mme Soekarnoputri. M. Wahid avait subi de vives critiques de la part de l’Assemblée consultative du peuple, la plus haute instance législative. Son bilan, notamment économique, avait été mis en cause, comme les compétences de son gouvernement. L’Assemblée avait demandé que plus de pouvoirs soient confiés à Mme Soekarnoputri, 54 ans. Le PDI-P de Mme Soekarnopuri avait remporté les élections législatives l’année dernière, mais l’Assemblée consultative du peuple avait élu M. Wahid, déclenchant la colère des partisans de sa rivale. Élue au poste de vice-présidente, Mme Soekarnoputri, qui a conservé une grande popularité, a adopté un profil bas depuis dix mois à son poste de vice-présidente, multipliant les inaugurations mais se gardant d’intervenir dans les dossiers les plus chauds. L’Indonésie, immense pays de 210 millions d’habitants, est sur la voie d’une fragile reprise économique, après l’effondrement lié à la crise asiatique de 1997, et est confrontée à des tensions séparatistes et la poursuite des violences interreligieuses aux Moluques.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président indonésien Abdurrahman Wahid a nommé hier un nouveau gouvernement, formé en majorité de proches, mais l’absence de la vice-présidente Megawati Soekarnoputri lors son annonce a immédiatement suscité des spéculations sur des dissensions au sommet de l’État. M. Wahid a ironisé sur l’absence de Mme Soekarnoputri à sa conférence de presse, en déclarant qu’elle avait voulu «rentrer rapidement chez elle pour prendre une douche». Mme Soekarnoputri, qui dirige la plus importante formation, le Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P), serait en fait en désaccord avec la nomination de plusieurs ministres, selon des sources au palais présidentiel. Elle aurait notamment contesté celle du ministre de l’Économie, l’universitaire Rizal Ramly, pour ses critiques du Fonds monétaire international (FMI)...