Dans la guerre du feu qui embrase cet été les forêts de l’Ouest, les États-Unis comptent plus que jamais sur leurs troupes d’élite : les «smokejumpers» (littéralement : «parachutistes du feu»), des pompiers largués aux abords des incendies naissants. Cwsréée en 1939 à Missoula (Montana) par un casse-cou de légende, Nick Mamer, cette unité de trompe-la-mort a pour mission d’étouffer dans l’œuf les foyers déclenchés par la foudre sur les pentes escarpées et les sommets inaccessibles des Rocheuses. L’alerte est donnée par un petit avion du Forest Service qui, suivant au plus près les orages, détecte les départs de feu. L’état-major est alerté et requiert l’intervention des «jumpers». «La plupart du temps, la foudre frappe dans des endroits si reculés que les pompiers arriveraient toujours trop tard», explique Tim Eldridge, ancien sauteur, aujourd’hui l’un des responsables de la base de Missoula, la plus importante du pays. «Alors c’est à nous de jouer». En quelques minutes ils enfilent, sur leurs vêtements résistant au feu, une combinaison renforcée d’empiècements de kevlar, un casque avec grille de protection contre les branchages et deux parachutes. Dans une poche, une corde de nylon pour descendre en rappel des arbres sur lesquels le vent pourrait les déporter. En tout, un barda de 35 kg. Wayne Williams, 44 ans, silhouette et sourire de jeune homme, est depuis 23 ans un «smokejumper», «un rêve de gosse», dit-il. «D’abord, on fait des cercles autour du foyer pour le repérer, décider de la tactique à employer et trouver un endroit sûr pour le largage». Pour évaluer la force du vent, un mannequin de sable est largué. Les «jumpers» suivent et touchent le sol parfois loin des flammes. «Là, on appelle le pilote pour diriger l’envoi du matériel, le plus près possible du foyer pour ne pas avoir à le porter», poursuit Wayne. Dans les caisses, qui contiennent trois jours de vivres, ils s’emparent d’abord de l’outil favori du pompier américain : la «pulaski», hache d’un côté et bêche de l’autre, avec laquelle ils creusent à toute allure un premier coupe-feu. «On peut aussi demander qu’un hélico dépose de l’eau et une pompe, mais notre meilleure arme, c’est cette bonne vieille pulaski», assure Wayne, qui évoque le feu comme on le ferait d’un vieil ennemi qu’on n’arrive pas à détester. «Privé de combustible, il se meurt et entre dedans pour en finir». «D’habitude, on est gagnant dans 70 % des cas. Mais cette année, les 30 % qui nous ont échappés sont devenus sacrément sauvages à cause de la sécheresse». S’ils sortent vainqueurs de leur brûlant corps-à-corps, les «smokejumpers» appellent l’hélicoptère qui récupère, à l’aide d’un filin, le gros du matériel. «Et nous, on rejoint par la montagne un chemin où un camion viendra nous prendre. Le plus long que j’ai fait, c’est 22 miles», (35 km) s’amuse-t-il, comme s’il s’agissait d’une simple promenade. S’ils sont submergés par les flammes, ils attendent les renforts terrestres et peuvent prendre le commandement d’équipes de 150 pompiers. Héros des petits garçons de Missoula et d’ailleurs, célébrés par Hollywood dans un film de 1952 avec Richard Widmark (Les ciels rouges du Montana), répondant à des critères de sélection physique draconiens, les «jumpers» sont fiers de leur réputation de durs-à-cuire, buveurs de bières, tueurs de feux et trousseurs de jupons. Au mur de la salle de commandement, la légende d’une photo d’un costaud hirsute, cafetière à la main, proclame : «La mort avant le déca !». Le groupe, qui compte 400 sauteurs dans quatre bases aux États-Unis, compte tout de même 25 femmes, qui répondent aux mêmes exigences que les hommes. En cinquante ans d’existence et plus de 350 000 opérations, ils déplorent dix-neuf tués, dont quatre lors de sauts. Seuls le Canada, la Russie et la Mongolie disposent d’unités similaires.
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