C’est une question d’impression... Et Gihad Achkar dégage – forcément – une bonne impression. Est-ce son sourire transparent, ouvert à tous les bonheurs, sa carrure de franc sportif ou son métier – l’impression – qui a déteint sur lui ? Ou est-ce encore ce bureau aux murs blancs comme une page offerte aux personnages de son ami Nadim Karam et leur mini-procession héroïque – pour une fois – en couleur ? Gihad Achkar a ouvert ses grands yeux noirs sur la couleur, les couleurs, primaires, de son père Anis, imprimeur de métier, déclencheur de passion communicative, contagieuse et d’un savoir-imprimer, un savoir-faire qui s’acquiert en le vivant, au quotidien, au contact visuel et physique avec une matière qui bouge, se transforme et devient une œuvre d’art. Dans son bureau, les drôles de chat, chien, girafe, éléphant de Nadim, attentifs et silencieux, se divisent l’espace avec les trophées posées là, petites victoires, grande fierté. Signes de reconnaissance, d’appréciation, offerts, encadrés et puis suspendus au mur maculé de taches de couleur décolorées. À côté, et presque timidement, un test de graphologie pointe du nez. Gihad le tend, en guise d’explication ou d’introduction, comme une invitation à mieux le connaître. Pratique mais romantique L’analyse graphologique révèle, et Gihad le confirme, que le porteur de cette signature possède de l’énergie à revendre, ou plutôt à offrir, de la discipline, de l’instinct, professionnalisme et romantisme en sus. Pratique, en effet... Dès l’âge de sept ans, le jeune scout, aîné d’une famille de six enfants, passe ses récrés, ses jeudis après-midi et ses vacances dans les locaux de son père. Il repère et finit par reconnaître, apprécier, un peu, puis beaucoup, le bruit des machines en action, l’odeur de l’encre, la magie du papier imprimé, l’éclat de la couleur. Après avoir acquis un bagage technique et l’amour du métier, il fera les choses à l’envers, comme il qualifie la suite de cet apprentissage. Il étudie le graphisme à l’Université de Kaslik, qu’il enseigne aujourd’hui à l’AUB, et suit des stages intensifs, en France et en Allemagne, chez des fournisseurs en machines qui lui apprennent comment opérer, régler, assembler, réparer avant même d’imprimer. Il prend également des cours de sculpture pour comprendre et sentir du bout des doigts l’art de l’embossage. Possédant une curiosité et un plaisir à développer de nouvelles idées, c’est le test de graphologie qui le dit, il invente, c’est lui qui le précise, de nouveaux procédés d’impression dont il obtient un «certificat de mérite» et un «certificat de distinction». Directeur général de son entreprise, il peut s’enorgueillir d’avoir remporté trois fois, en 96, 97 et 98, le premier prix au London International Advertising Awards, le prix Epica, (European’s Best Advertising), le Lebanon Print Award et enfin l’Arc d’Europe à Paris obtenus l’an passé. Impressionnant ! Romantique, il l’est encore... Lorsqu’il parle de ses parents, à qui il doit tout, de sa femme Marie, de ses quatre enfants et de l’importance d’aimer une chose de tout son cœur pour la réussir. L’impression, et son imprimerie, il les aime en effet de tout son cœur, y passant le plus clair de son temps, de longues journées de travail qui peuvent parfois prendre 24 heures, suivant l’urgence. Son calendrier hebdomadaire, avec ses deux jours de folie ordinaire, est truffé de défis ponctuels qu’il aime à relever. Pour être un bon imprimeur, selon le bon imprimeur qu’il est, il faut bien sûr être bon, respecter le client et l’équipe de travail et se donner entièrement. Connaître les lieux, les yeux fermés, identifier les murmures des machines lorsqu’elles sont en pleine forme, qu’elles s’essoufflent ou qu’elles poursuivent leur boulot, inlassablement, tourner les pages d’un livre qui sent bon avec les yeux d’un connaisseur, chercher et puis trouver de nouvelles idées, toutes réalisables. Ce grand sportif, quatrième dan en judo, a occupé une cinquième place aux Jeux olympiques de 1984. Nostalgique, il affectionne toutes les traces de son passé qui ont ponctué le chemin parcouru, avec pour point de départ une petite imprimerie de qualité, avec 7 ouvriers, devenue aujourd’hui une grande entreprise de 55 employés, bien connue sous le nom de Anis Commercial Printing Press. Tout en gribouillant des explications au crayon fraîchement taillé, Gihad sourit et conclut : «Pour moi, tout est réalisable, il s’agit simplement de trouver le moyen de le faire. J’ai gardé du scoutisme une formule qui guide encore ma vie et qui dit à peu près ceci : “Si la route n’existe pas, trace-la”».
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