Il faut revenir sur la disparition de Vittorio Gassman pour deux raisons au moins. La première, essentielle, c’est qu’un comédien de cette envergure mérite certainement qu’on reparle de lui (et qu’on ne l’oublie pas). L’autre raison, anecdotique, c’est que Vittorio Gassman était venu au Liban, au temps où se tenait, dans notre pays, un Festival international du cinéma. Mais oui – et on s’en souvient... Le cinéma italien en son âge d’or – en gros, de la fin des années 40 aux années 70/80 – devait beaucoup à Vittorio Gassman. Pas autant qu’à Marcello Mastroianni, mais tout de même pas mal. Les deux comédiens étaient d’ailleurs très amis... et aussi amateurs de belles femmes l’un que l’autre : si Marcello a incarné un Casanova pour le compte de Mario Monicelli (en 65), Vittorio avait trouvé un de ses meilleurs rôles dans le Parfum de femme de Dino Risi (en 74). Gassman reconnaissait volontiers que la plupart de ses premiers films avaient été «horribles». Il en exceptait le Riz amer du cinéaste néoréaliste Giuseppe de Santis (48), dont la vedette était la plantureusement charnue Silvana Mangano. On peut également citer, pour mémoire, Le cavalier mystérieux (49) de Riccardo Freda, où Vittorio endossait l’accoutrement d’un Casanova inattendu (tiens, le re-voilà !). Ce dernier film étant absent de la plupart des filmographies de l’acteur. Le vrai départ, pour la carrière de Vittorio Gassman, se situe en 58. C’est l’année de la comédie de Mario Monicelli, Le pigeon (titre original italien : I Soliti Ignoti), un film où débute (en Italie) une jeune personne surnommée «la plus belle Italienne de Tunis» qui n’en finira plus de faire parler d’elle (jusqu’à aujourd’hui !). Elle a pour nom Claudia Cardinale. «Le pigeon» du titre, c’est Gassman, cambrioleur à la manque qui rate tous ses coups, avec ou sans ses pitoyables acolytes. Rebaptisée Big Deal on Madonna Street, cette drôle de comédie aura un certain succès aux États-Unis et connaîtra suites et remakes. Nouveau coup d’éclat pour Gassman en 62, avec Le fanfaron (Il Sorpasso), de Dino Risi. Il y bluffe tout son entourage à commencer par Jean-Louis Trintignant. Ce «fanfaron» à l’italienne exprime la quintessence du talent de Gassman, comédien au cynisme parfois agressif, à l’amertume matinée de tendresse. C’est aussi le film qu’il était venu présenter à Beyrouth, où il fut un hôte agréable, parfaitement rompu aux obligations de son métier d’acteur. Mais c’est en 74 que Gassman maîtrisera, avec un talent stupéfiant, le plus beau rôle de sa prolifique carrière au cinéma. Capitaine aveugle, il navigue à travers l’Italie au Parfum de femme (de Dino Risi, encore une fois). Gassman fait un triomphe à Cannes. En 92, à Hollywood, Martin Brest osera un remake (Scent of a Woman), ratage encore agravé par le cabotinage outrancier d’Al Pacino. Cependant, la nostalgie, la lassitude aussi, peut-être, commencent à marquer la carrière de Gassman. Une évolution décelable dans le film d’Ettore Scola, Nous nous sommes tant aimés, au titre évocateur. Les copains, le bilan de leurs vies, avec un hommage à De Sica, à Fellini, au cinéma italien (déjà) du passé... et un beau film, en prime. Ce qui n’empêcha pas Gassman de continuer à travailler, ferme et bien. Ces temps derniers, il avait eu des commentaires désabusés – durs, aussi – sur le cinéma actuel, sur le monde où nous vivons. Mais il a vécu, et bien vécu. C’était un grand.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il faut revenir sur la disparition de Vittorio Gassman pour deux raisons au moins. La première, essentielle, c’est qu’un comédien de cette envergure mérite certainement qu’on reparle de lui (et qu’on ne l’oublie pas). L’autre raison, anecdotique, c’est que Vittorio Gassman était venu au Liban, au temps où se tenait, dans notre pays, un Festival international du cinéma. Mais oui – et on s’en souvient... Le cinéma italien en son âge d’or – en gros, de la fin des années 40 aux années 70/80 – devait beaucoup à Vittorio Gassman. Pas autant qu’à Marcello Mastroianni, mais tout de même pas mal. Les deux comédiens étaient d’ailleurs très amis... et aussi amateurs de belles femmes l’un que l’autre : si Marcello a incarné un Casanova pour le compte de Mario Monicelli (en 65), Vittorio avait trouvé...