Seul un grand coup pouvait secouer la torpeur estivale de nos salles obscures. C’est bien d’avoir lancé le film de Ridley Scott en juillet : l’effet-«Gladiator» devrait être bénéfique pour tous nos cinémas. L’ennui, en ce cas précis, est que les superproductions de cette sorte se font... et que les films «ordinaires» – même d’une moyenne agréable – ne parviennent plus à mobiliser le public. On verra bien. Nous laissons au «gros morceau» de la semaine tout l’espace nécessaire. En confiant à Ziyad Makhoul la mission «Girl, Interrupted» : pas si désagréable, après tout, avec Winona Ryder et Angelina Jolie en tête d’affiche. À signaler encore la sortie de «Kimberly», une comédie de Frédéric Golchan, peut-être plaisante(?). Et également la fermeture des complexes La Cité et La Sagesse. Annoncés pour le 14 courant : «Me, Myself and Irene», des frères Farrelly, avec Jim Carrey – et une curiosité probable : «Shattered Image» («Jessie»), un film de Raoul Ruiz. P.S. : Une rétrospective de Abbas Kiarostami est également prévue pour le 14 courant. L’arène et l’empereur Gladiator, de Ridley Scott Gladiator, c’est à la fois une plongée dans l’histoire du monde antique et un flash-back sur le passé récent du cinéma (américain, en l’occurrence). Hollywood n’a pas manqué d’audace en décidant de renouer avec un genre que l’on croyait abandonné. Le dernier spécimen de péplum à gros budget date de 1964 : The Fall of the Roman Empire, d’Anthony Mann. Or, le succès de Gladiator, déjà plus qu’amorcé, s’annonce triomphal. Il est vrai que les firmes Universal et Dreamworks (associées) n’ont rien négligé pour répondre à l’attente du public (de tous les publics) : moyens énormes, action spectaculaire, histoire captivante, interprétation de premier ordre. En somme, Ridley Scott a tenté et réussi une expérience parallèle à celle de Kevin Costner dans le domaine du western (avec Dances With Wolves en 90). Mais le film de Scott, comme celui de Costner, a toutes les «chances» de rester des coups isolés – sauf imprévu, bien entendu. Tout cela rappelé et souligné, il faut ajouter sans tarder que Gladiator n’a, à aucun niveau, rien de banal. Inutile de consulter encyclopédies et spécialistes de l’histoire ancienne : les sources sont diverses, et souvent contradictoires. En général, le scénario du film s’en tient à ce que l’on sait sur l’époque et sur les personnages qui, à Rome, conduisaient les affaires du monde. L’empereur Marc-Aurèle – adepte du stoïcisme dans ses «Pensées» – passe pour avoir transmis le pouvoir à son fils Commode, alors que dans le film ce dernier se débarrasse et de son père et du général Maximus, favori de Marc-Aurèle et idole des légions impériales. Le film insiste sur le rôle odieux de Commode (un nom en contradiction flagrante avec son caractère !), un homme ambitieux, cruel, aux tendances incestueuses. Le véritable héros, c’est évidemment Maximus qui, après avoir échappé aux sbires de Commode, va consacrer sa vie à l’accomplissement de sa vengeance. Revenu à Rome comme gladiateur, il parviendra à ses fins. À noter que Maximus affirme sa foi en une Rome rendue au régime de la république originelle, le gouvernement du peuple fonctionnant sous la supervision «morale» des traditionnels sénateurs (mais oui !). Puisque nous en sommes à l’idéologie «politicienne», relevons quelques analogies intemporelles qu’il faut tout de même se garder de pousser trop loin. Il est dit dans Gladiator, que celui qui contrôle la pègre est le maître de Rome, et que «le pouvoir de divertir les foules est le pouvoir». On n’a pas oublié la devise de ces temps lointains : «du pain et des jeux»... De nos jours, le sport (football en tête) ne serait-il pas ce divertissement idéal dispensé aux peuples... et, en certains cas, un exutoire à la violence mal contenue des hommes ? Revenons au film-spectacle. Le spectateur en a pour son argent. Ridley Scott, qui avait curieusement commencé sa carrière, en 77, avec The Duellists (!), a joué franc jeu. Certes, il est impossible de ne pas évoquer, au passage, des séquences du Spartacus de Kubrick (l’entraînement et les combats des gladiateurs, forcément, le réconfort de l’amitié entre les esclaves) ou d’autres de Ben-Hur (dont la fameuse course de chars reste décidément inégalée). Cependant, Ridley Scott a parsemé son film d’idées de mise en scène personnelles, sinon réellement originales, au point d’introduire des ruptures de ton bienvenues dans le cours du récit. Des réserves ? Il est toujours possible d’en exprimer. Les vues d’ensemble de la Rome antique avec figuration virtuelle (en plan lointain) ne sont que partiellement convaincantes : comme si le numérique affichait ici ses limites. Et le film – péché mignon (?) du cinéma actuel – est un peu trop long – pas lent, long. Que Romulus et Remus me pardonnent, j’allais oublier l’interprétation. À court de superlatifs, je me contenterai de dire que tout le monde, dans Gladiator, est formidable. À un détail près : Russell Crowe (Maximus) est encore meilleur que les autres. (CONCORDE, FREEWAY, PLANÈTE/ABRAJ/KASLIK/ PLAZA/ZOUK) Petit vol et bébés coucous Girl, Interrupted, de James Mangold Parfois la seule façon de rester sain d’esprit, c’est de perdre un peu les pédales... Traiter, théoriser, disséquer, perdre pied dans des abîmes de psychologie(s), disserter autour et sur les jeunes filles post-pubères, leurs problèmes existentiels, leur internement dans une clinique-hôpital psychiatrique, et (essayer de) filmer tout ça, en voilà une bonne chose. Inventer des images, les rêver, les créer, et les donner, les asséner aux spectateurs, et ne pas se contenter de plagier des techniques pseudo-révolutionnaires de montage et de cadrage, c’est encore (mille fois) mieux. C’est ce que James Mangold a voulu, mais n’a pas pu faire. Et c’est dommage. C’est même un peu bête, parce que son Girl, Interrupted (ce titre est superbe) aurait été, ainsi, un grand film. Bon c’est encore une histoire vraie, Susanna, Lisa, Georgina, Daisy et Polly, nouveau brat-pack de névrosées, traumatisées, et marginalisées de choc. Elles vont se chercher, chacune avec son(ses) plomb(s) qui a(ont) sauté, se serrer, se déchirer, s’entre-tuer, se (re)trouver, et puis, film américain oblige, tout ça finira, (et encore...), sur une note d’espoir, la réhabilitation, mais à quel prix, de Susanna. Sauf qu’entre-temps, il y en aura eu des choses pas jolies jolies... La distribution est extrêmement intelligente, autour de Winona Ryder, comme toujours lumineuse ; les quatre autres comédiennes s’en tirent bien, très bien même, si l’on pense à l’Oscar du second rôle pour Angelina Jolie. Cette fille-là a sans aucun doute quelque chose en plus, le seul problème, c’est qu’elle risque de «s’adjaniser» très vite si elle ne se met pas dès maintenant à multiplier les registres. Pour notre (bon) plaisir.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Seul un grand coup pouvait secouer la torpeur estivale de nos salles obscures. C’est bien d’avoir lancé le film de Ridley Scott en juillet : l’effet-«Gladiator» devrait être bénéfique pour tous nos cinémas. L’ennui, en ce cas précis, est que les superproductions de cette sorte se font... et que les films «ordinaires» – même d’une moyenne agréable – ne parviennent plus à mobiliser le public. On verra bien. Nous laissons au «gros morceau» de la semaine tout l’espace nécessaire. En confiant à Ziyad Makhoul la mission «Girl, Interrupted» : pas si désagréable, après tout, avec Winona Ryder et Angelina Jolie en tête d’affiche. À signaler encore la sortie de «Kimberly», une comédie de Frédéric Golchan, peut-être plaisante(?). Et également la fermeture des complexes La Cité et La Sagesse....