Les tissus teintés de couleur pourpre par les Phéniciens ont tôt fait de connaître une vogue sans pareille dans tous les pays environnants. Les notables de l’Égypte du temps de Ramsès II (1300-1234 av. J-C) enveloppaient leurs morts dans des linceuls de couleur pourpre. Les plus beaux cadeaux de Ramsès III aux dieux étaient les étoffes pourpres. Homère raconte qu’Achille, ayant invité Priam à dormir chez lui, fit tendre la couche de draps pourpres. Quand les Troyens voulurent ensevelir les restes d’Hector, ils le firent dans une urne d’argent qu’ils enveloppèrent de pourpre. Homère raconte aussi que des tapis de pourpre furent étalés devant Agamemnon rentrant de la guerre de Troie. Les Hébreux connurent la pourpre en Égypte et ils passèrent maîtres dans le rapiéçage des tissus. Les notables d’Égypte, de Babylone et d’Ashur portèrent des tissus pourpres. Ashurbanipal s’enorgueillit dans une de ses tablettes cunéiforme d’avoir imposé aux rois de Tyr, de Sidon, d’Arouad et de Jbeil le paiement d’une taxe en tissus pourpres. Quand Alexandre le Grand (356-323 av. J-C) occupa la ville de Suse, il y trouva des tissus pourpres datant de 190 ans et dont la valeur était inestimable. Car les rois de Perse portaient les habits de couleur pourpre et en avaient interdit l’usage à toute la population. Alexandre s’était fait accompagner par des teinturiers phéniciens qui alimentaient régulièrement en tissus les femmes de la cour du Macédonien. À l’époque romaine, les tissus pourpres connurent une grande diffusion surtout parmi les femmes malgré leurs prix très élevés. C’est ainsi que Jules César (100-44 av. J-C) conseilla de restreindre l’utilisation de ces tissus. Et après lui, l’empereur Auguste ne permit plus le port de ces tissus pourpres qu’aux sénateurs et fit de la fabrication de cette teinte un monopole d’État. Eusèbe raconte que l’empereur Dioclétien (267-340) chargea un certain Dorothée de diriger les fabriques de Tyr pour le compte de l’Empire. Après la division de l’Empire romain en deux, la ville de Tyr releva tout naturellement de Constantinople. La Bible cite abondamment la pourpre : les vêtements teints en pourpre sont l’apanage des riches, des notables, des grands fonctionnaires et des rois (Esther 8 ; 2), (Daniel 5 ; 7), (Luc 16 ; 19), (Juges 8 ; 26). Ainsi, quant les juifs voulurent se moquer du Christ «roi des juifs», ils jetèrent sur ses épaules une tunique teinte en pourpre (Mar 15 ; 17). L’Église ne tarda pas à récupérer toutes les manifestations de l’Empire romain, les commémorations, les fêtes, les rituels et les traditions vestimentaires du pouvoir. Les empereurs byzantins, qui dirigèrent politiquement et religieusement les chrétiens, adoptèrent la pourpre comme signe extérieur de puissance et de noblesse. Ils firent tendre les murs des chambres nuptiales et celles destinées à la naissance des enfants impériaux de tissus rouges. Ainsi, les princes qui voyaient le jour dans ces chambres portaient le titre glorieux de «porphyrogénète», et ce pour les distinguer des roturiers qui arrivaient au pouvoir par la guerre ou les vivats des centuries victorieuses. Les empereurs les plus illustres qui portèrent ce titre sont : Constantin VII (912-959), l’impératrice Zoé et Jeanne Comnène fille de l’empereur Alexis (1881-1118). Et quand Osman, chef des Turcs, épousa Théodora Cantacuzène fille de l’empereur et s’habilla de pourpre, ce dernier eut ce mot cinglant «c’est une honte pour la pourpre». Et tout comme Byzance, la Rome chrétienne se mit à la pourpre, surtout en ce qui concerne les habits des cardinaux.
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