Des milliers de Palestiniens ont manifesté hier en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pour soutenir leur président Yasser Arafat qui a été accueilli en héros à son retour de Camp David pour la fermeté qu’il a affichée face aux Israéliens. M. Arafat est arrivé en début d’après-midi à Gaza, en faisant le V de la victoire, après une escale à Alexandrie (Égypte) pour informer le président égyptien Hosni Moubarak du déroulement du sommet. Gaza avait pris des allures de fête pour accueillir son «héros». Des milliers de portraits d’Abou Ammar, nom de guerre de Yasser Arafat, et des drapeaux palestiniens pavoisaient les rues et les vitres des taxis. Des banderoles avaient été dressées à travers la ville, proclamant «Bienvenue à Arafat, le héros de la guerre et de la paix» ou bien «Jérusalem est dans nos yeux, demain elle sera entre nos mains». Quelque 3 000 personnes ont défilé dans le calme en scandant : «Avec notre âme, avec notre sang, nous nous sacrifions pour Abou Ammar !» La plupart des Palestiniens sont reconnaissants à M. Arafat d’avoir refusé de faire davantage de concessions à Israël lors du sommet de Camp David, estimant qu’il valait mieux ne pas conclure d’accord plutôt qu’un accord les frustrant de leurs principales revendications, en particulier sur Jérusalem-Est et le droit au retour des réfugiés. «La non-signature d’un accord et le refus des pressions américaines et israéliennes sont une victoire palestinienne», estime Mohsen Abou Ramadan, 35 ans, qui travaille pour une organisation de développement agricole à Gaza. Mohammed al-Derdissaoui, 55 ans, concierge, se déclare cependant inquiet de heurts possibles entre Israéliens et Palestiniens. «L’insistance d’Abou Ammar à faire de Jérusalem la capitale de notre futur État est le droit des Palestiniens et des musulmans», affirme-t-il. «Je m’attends à ce que les juifs (les Israéliens) commencent des échauffourées pendant les célébrations et cela pourrait conduire à une explosion», estime-t-il. Les forces de sécurité israéliennes et palestiniennes étaient en état d’alerte pour faire face à tout risque de violence. Dans une ambiance de carnaval, la foule a assisté à une fantasia d’une douzaine de chevaux sur la principale place de Gaza, alors que des haut-parleurs diffusaient des hymnes palestiniens. Pour Faris al-Aïdy, 29 ans, «un échec vaut mieux que de reculer. Nous ne pouvons pas céder sur Jérusalem, les réfugiés ou faire de compromis sur les colonies (juives)». «Israël ne veut pas la paix», accuse-t-il. À Bethléem (Cisjordanie), des portraits de M. Arafat et des drapeaux palestiniens avaient également été suspendus aux fenêtres et aux balcons dans la nuit et une centaine de personnes étaient dans les rues pour manifester leur soutien. À Ramallah (Cisjordanie), quelque 400 personnes ont défilé aux cris de «En avant, en avant Abou Ammar, nous sommes avec toi jusqu’à la libération !» «Jérusalem, capitale de la Palestine !» lançaient d’autres manifestants. Ailleurs en Cisjordanie, à Jenine, le Fateh, mouvement de M. Arafat, avait rassemblé 500 partisans au centre de la ville. Au même moment, dans d’autres villes comme Tulkarem, les Palestiniens ont cessé le travail, dans le cadre d’une grève de solidarité de deux heures avec M. Arafat.
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