Il faut croire que le démon du gain n’épargne guère les grands prêtres de la science... Révélé par le «New England Journal of Medecine» par deux virulents articles, un scandale met en cause un nombre de médecins publiant les résultats de leurs travaux de recherche et d’essais thérapeutiques dans des revues médicales de haut niveau et de grand prestige. Or ces mêmes médecins sont attachés, à titre de conseillers, auprès des industries qui fabriquent les médicaments que leurs écrits sont en train ainsi de promouvoir... La gravité de leur acte consiste dans le fait que la publication dans une revue de renom de ces travaux joue un rôle majeur dans l’autorisation de la mise sur le marché. Parallèlement, la publication dans ces journaux de très haut prestige conditionne les prescriptions des praticiens partout dans le monde. Où s’arrête la science ? Où commence la publicité ? Si la question met en émoi le monde scientifique, elle fait également ressortir le besoin de la mise au point de règles d’éthique et de frontières judicieusement et très clairement établies... Il y a quelques années paraissait, pour la première fois dans la presse scientifique, une étude révélant que parmi les auteurs de travaux sur les inhibiteurs calciques utilisés en cardiologie, ceux qui étaient favorables avaient des intérêts importants et des liens directs avec des firmes productrices. Ce qui n’était pas le cas pour ceux qui démontraient leurs dangers. La polémique qui a été enclenchée fut de taille. Par la suite, plusieurs études ont conclu que plus le médecin-auteur est associé aux firmes sur le plan financier, plus ses résultats de recherche étaient favorables à l’utilisation des inhibiteurs calciques. Les liens entre ces industries, les nouvelles techniques thérapeutiques et la mise au point de médicaments inédits sont évidents. Les médecins de haut niveau, que sont les chercheurs, leur sont indispensables. Généralement, ils se trouvent rattachés au service de recherche clinique sur l’efficacité des traitements. Or, aux États-Unis, cette recherche est financée à 70 % par l’industrie privée, seul le reste des fonds (30 %) provenant de fonds publics. En 1984, dans un article signé Marcia Angell, la rédactrice en chef du New England Journal of Medicine demandait que les auteurs d’articles révèlent leur lien financier avec l’industrie pharmaceutique productrice des médicaments signalés dans leurs articles. Aujourd’hui elle ajoute : «Nous savions que ces pratiques étaient courantes mais nous n’imaginions pas à quel point elles étaient autant présentes partout à la fois...». Le New England Journal of Medicine a fait paraître récemment deux articles mettant en cause l’indépendance de certains auteurs publiant les résultats d’essais thérapeutiques dans des revues scientifiques et médicales de haut niveau. Ces auteurs étant, par ailleurs, des médecins-conseils des maisons productrices des médicaments conseillés ou mentionnés. «Il est clair, estiment les commentateurs, que les industriels forcent les chercheurs, mais jamais ouvertement de manière frontale. Personne ne résiste à l’argent en matière d’industrie pharmaceutique aux États-Unis où les sommes en jeu peuvent être astronomiques». À titre d’exemple, on cite le coût moyen du lancement d’un nouveau médicament : de 300 à 600 millions de dollars, selon certaines évaluations. «Sur les six milliards de dollars dépensés annuellement dans le monde par l’industrie pour des essais cliniques, 3,3 milliards vont aux investigateurs américains», dénonce Thomas Bodenheimer, l’un des auteurs des articles parus dans le New England Journal of Medicine. «Les firmes demandent, dénonce un des articles, de relire les textes les concernant avant publication. Si les résultats sont un peu négatifs, ils argumentent sur la formulation. Ils essayent de faire dire les choses de manière à suggérer l’inverse des résultats», poursuit l’auteur de l’article dénonciateur... Il est à signaler que Marcia Angell, comme le signale Le Figaro du 24/5/2000, sera remplacée à son poste de directeur de la rédaction du New England Journal of Medicine par Jeffrey Drazen, un spécialiste de l’asthme ayant collaboré à huit firmes pharmaceutiques... Comme le signale la sagesse orale : la raison du plus fort est toujours la meilleure... Aux «faibles» d’en tirer des leçons...
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