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Actualités - Reportages

Portrait d'artiste Zad Moultaka : un garçon nommé liberté (photo)

Son nom de famille le devance. Qui ne connaît dès le lever de rideau la flaque de lumière Antoine et Latifé Moultaka? Aujourd’hui, il s’est forgé un prénom aux sonorités belles mais inhabituelles. Zad tire son origine du verbe persan «Zadane» qui veut dire naître, mais aussi liberté et pour certains, il désigne un dieu babylonien. Triomphant dans Al-Izmil d’Antoine Maalouf, le nom de Zad avait déjà séduit les parents Moultaka, qui ont porté cette pièce avec succès sous les feux de la rampe. Et l’on comprend dès lors que, même pour un coup de cœur théâtral, leur fils s’appelât Zad. Zad Moultaka, un jeune homme de trente-trois ans aux talents multiples et sûrs qui navigue en douceur et toute aisance et en brillante créativité entre musique, peinture et théâtre. Rencontré entre deux répétitions de ses Anachid avant la première du mois de juillet à Baalbeck où il se produira avec Fadia Tomb el-Hajj et Marcel Khalifé, Zad Moultaka, pianiste, compositeur et familier de l’univers de la scène, a bien voulu nous livrer quelques petits secrets d’un parcours déjà riche et intéressant à plus d’un niveau. Comment lui est venu l’amour de la musique dans ce monde de gens du théâtre ? «C’est bien simple, explique Zad Moultaka, ma mère Latifé avait déjà la passion des touches d’ivoire. Le piano faisait partie de notre cadre familial, et chose curieuse c’est mon frère qui en jouait. Je regardais cela avec fascination. Et pourtant notre prof Nena Succar n’a pas tardé à déclarer : “Ce n’est pas le grand qui aime vraiment faire du piano mais c’est l’autre”. Et l’autre c’était moi ! Je me suis mis au piano dès l’âge de cinq ans et j’aimais surtout composer des airs que mon frère transcrivait sur papier ! Ma première œuvre écrite s’intitule Le chant des oiseaux et la seconde est une partition sur la guerre avec une absence de mélodie où s’exprimait la volonté de traduire des sentiments et des sensations par le son». À cette époque bénie de l’enfance comment fut celle de ce musicien à l’art si polyforme, dense et grave ? «Je fuyais l’école, confesse avec humour et sans détour Zad Moultaka, car la guerre battait son plein et comme refuge c’était presque surréaliste de se mettre au piano quand les bombes pleuvaient... Ici il n’y a pas de moyen terme, c’est les études ou la musique. Et la musique, ici, c’est pour s’amuser ! Mais c’est en France que je me suis retrouvé après avoir obtenu un bac musical et surtout parfait ma formation au Conservatoire de Paris. Mes meilleurs souvenirs remontent à mon “compagnognage” musical avec Aldo Ciccolini, Bruno Rigutto et Jean-Claude Pennetier. Au bout de trois ans, j’étais premier nommé avec un prix. Ma première apparition publique je la dois à Billy Eidy et j’ai alors joué de l’Albeniz, du Gelalian et Mozart. Et depuis, les propositions se sont succédé et ma carrière de concertiste m’a fait sillonner l’Europe, de la Hollande à la Belgique en passant par l’Italie. Mon premier concert à Beyrouth a été donné en 1992 au conservatoire où d’ailleurs ma vie musicale avait pris son envol et l’accueil y fut superbe». Et quelles sont vos préférences en musique ? «Je dois avouer que j’ai un faible pour la voix humaine. Mon rêve était d’écrire des Lied et ça s’est déclenché après avoir écouté du Schumann. Et la grande révélation c’était surtout La passion selon saint Mathieu de Bach grâce à Madeleine Medawar qui avait guidé mes premiers pas en musique». Et que viennent faire la peinture et les couleurs dans ce monde abstrait des sons ? «La peinture a pour moi, depuis toujours, emboîté le pas à la musique. Mais j’ai commencé à peindre sans couleurs ! Car il ya là une volonté de s’approcher de la terre, du sable. Ici je ne me sentais pas bien car il y avait la guerre et en France je n’étais pas bien non plus. De toute évidence, il y avait un problème d’espace, d’identité. Et la peinture est un espace vierge, surtout le papier blanc... À chaque fois c’est une tentative de trouver justement cet espace adéquat où l’être se sent bien... surtout avec les couleurs de terre, l’ocre, le brou de noix, les pigments naturels». Vous n’avez pas non plus boudé le théâtre avec qui vous avez d’ailleurs plus d’un atome crochu et surtout une relation presque «atavique» ! «Oui, le théâtre m’est incontournable mais je l’ai abordé surtout par le biais de l’écriture musicale. Cela a commencé avec la pièce de Jean-Marie Piemme Neige en décembre mise en scène par Nabil el-Azan, ensuite avec une œuvre de Jacques David. Mais j’ai contribué aussi musicalement à des documentaires et des téléfilms, tels ceux de Bahij Hojeij (Le dialogue des ruines, les Kidnappés, Le Liban, message d’une terre sainte ; Le Musée National : défi à l’oubli) et Philippe Aractingi. Et, par ailleurs, j’ai contribué aussi aux décors et à la scénographie de Mithridate de Mozart pour le Festival d’Avignon avec Béatrice Jacob au Théâtre national d’Angers. Sept décors avec des toiles immenses en trois dimensions que j’ai peintes. Curieuse impression de se retrouver dans ses propres tableaux». Et de quoi sera faite votre musique à Baalbeck ? «Il s’agit là d’une création qui me tenait à cœur depuis longtemps : je voulais mélanger les instruments à cordes, la percussion orientale, une chorale et une soliste contralto. Et ça c’est concrétisé. Tout en tenant compte du cadre du temple du soleil, j’approfondis là une partie occidentale que j’ai beaucoup travaillée ainsi que ma mémoire orientale. Ce mixage est mon but. J’ai cherché des textes et je suis tombé sur Hallage et le Cantique des Cantiques (dans une traduction d’Ounsi el-Hajj) que j’ai finalement gardés. Je suis parti d’une exégèse d’Ernest Renan qui vidait le texte de son sens religieux. J’ai recomposé le texte et il y a là une très forte charge érotique. Ma musique remplit les 45 premières minutes du spectacle mis en scène par Nidal al-Achkar avec les 75 musiciens en “action”. C’est une création dont chaque partie a un chemin cyclique propre tels des derviches tourneurs qui se croisent à certains moments comme les planètes... Ce sont ce que j’appelle des moments heureux. C’est un peu comme la vie des individus. Chacun a son cycle et son cheminement propre. C’est un peu une leçon de tolérance et une invite à la communication. Il faut laisser à chacun son espace et son rythme».
Son nom de famille le devance. Qui ne connaît dès le lever de rideau la flaque de lumière Antoine et Latifé Moultaka? Aujourd’hui, il s’est forgé un prénom aux sonorités belles mais inhabituelles. Zad tire son origine du verbe persan «Zadane» qui veut dire naître, mais aussi liberté et pour certains, il désigne un dieu babylonien. Triomphant dans Al-Izmil d’Antoine Maalouf, le nom de Zad avait déjà séduit les parents Moultaka, qui ont porté cette pièce avec succès sous les feux de la rampe. Et l’on comprend dès lors que, même pour un coup de cœur théâtral, leur fils s’appelât Zad. Zad Moultaka, un jeune homme de trente-trois ans aux talents multiples et sûrs qui navigue en douceur et toute aisance et en brillante créativité entre musique, peinture et théâtre. Rencontré entre deux répétitions de...