Sur le terrain, une équipe logiquement éliminée dès le premier tour ; hors des stades, des hooligans ivres de violence : l’Angleterre a tout perdu à l’Euro2000 de football et l’image qu’elle a offerte au monde risque de lui coûter l’organisation de la Coupe du monde de 2006. Au lendemain de la sortie prématurée du Onze anglais, une nation à la gueule de bois s’est prise une nouvelle fois à accabler la fatalité et les maux résurgents de son football national. «Encore un penalty, encore une défaite, encore un désastre pour le football anglais», a résumé le quotidien populaire The Mirror. Sur le plan sportif, un entraîneur et des commentateurs dont il faut saluer l’honnêteté professionnelle s’accordent à dire que le jeu bien terne de l’Angleterre ne lui permettait pas de répondre aux espoirs affichés. Il suffit de voir le bilan de son premier tour : deux défaites contre des équipes non favorites (Portugal 3-2 et Roumanie 3-2) et une victoire arrachée à la vieillissante équipe allemande (1-0). Les trois lions fièrement portés sur le maillot anglais ne rugissent plus depuis trop longtemps et la victoire mythique de la Coupe du monde 1966 ne suscite l’émotion que des vieux supporteurs. Comme lors de précédentes défaites, une brèche s’est ouverte dans le soutien des fans à leur équipe, la nécessité de trouver un bouc émissaire se faisant sentir. Il y a deux ans, David Beckham avait écopé de ce rôle pour un carton rouge qui avait précipité l’élimination de l’Angleterre du Mondial. Cette année, le penalty provoqué par le défenseur Phil Neville contre les Roumains lui vaut d’être intronisé par les tabloïdes membres du «vestibule de la honte» («Hall of Shame» dans un jeu de mot en référence au célèbre «Hall of Fame»). Sur le plan politique, l’optimisme footballistique du pays créateur du jeu n’est également plus de mise. Officiellement, le pays veut encore croire à ses chances d’organiser la Coupe du monde en 2006, 40 ans après l’avoir gagnée à domicile. Mais les autorités sportives anglaises savent bien le pouvoir délétère des violentes images de hooligans qui ont fait le tour du monde. Vieux démons Le Premier ministre Tony Blair a reconnu que ces images «seront en arrière-plan» de la décision de la Fédération internationale de football (FIFA) quand il lui faudra désigner le 6 juillet le pays hôte. La Fifa ne pourra non plus écarter les propos de président de l’UEFA Lennart Johansson, qui a décrit le comportement des hooligans anglais comme «une honte», en accusant le gouvernement britannique de ne pas avoir su les retenir et menaçant d’expulser l’équipe de Kevin Keegan. L’effet le plus pervers de la prestation de l’Angleterre et de ses fans à l’Euro2000 aura été de gommer aux yeux du monde les efforts qu’elle a entrepris, avec des résultats positifs, dans la lutte contre ses hooligans. Les violences de Charleroi ont provoqué une série de retours en arrière des médias, semblant considérer que «la perfide Albion» était impuissante à terrasser ses vieux démons. Le public a donc pu à nouveau voir évoquées les mises au ban successives en Europe des clubs de Tottenham, Leeds et Manchester United durant les années 1970 ; les ravages causés par les hooligans anglais en 1980 en Italie et en Espagne, en 1983 à Rotterdam et au Luxembourg, en 1984 à Paris et à Anderlecht. Puis, bien sûr, le drame du Heysel à Bruxelles (39 morts le 29 mai 1985 lors du match Liverpool-Juventus), la mise à l’écart de l’Angleterre les années qui suivirent, et enfin les nouveaux troubles des années 1990, comme à Marseille lors du Mondial-98. «Nous n’avions pas besoin d’être expulsés par l’UEFA, nous l’avons fait nous-mêmes», titrait hier The Mirror. Ce qui est vrai pour l’UEFA pourrait bientôt l’être aussi pour la Fifa dans la perspective du Mondial-2006.
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