Ce n’était pas de l’agriculture que les Phéniciens tiraient leurs plus grandes ressources, mais du commerce que leur rendait facile leur aptitude à la navigation. Il est certain que la marine phénicienne fut une des plus célèbres de l’Antiquité, mais il convient de la voir telle qu’elle était, et non d’après nos idées modernes. Ce n’est que peu à peu que les Phéniciens perfectionnèrent leurs ports en les protégeant par des môles ; à l’origine, ils avaient bâti leurs villes sur des caps, de façon à mouiller leurs navires soit au nord, soit au sud du cap, selon la direction du vent. Ces ports n’étaient à vrai dire que des plages en pente douce sur lesquelles on tirait les navires lorsque le temps était mauvais ou lorsqu’ils devaient rester longtemps sans prendre la mer. On a pensé que certains ports phéniciens, ceux de Sidon, par exemple, qui sont l’un au nord, l’autre au sud du promontoire sur lequel s’avance la ville, communiquaient par un passage aménagé de main d’homme. C’est accorder aux Sidoniens plus qu’ils n’ont jamais fait ; j’ai pratiqué un examen attentif des lieux à l’automne 1920, quand les eaux étaient exceptionnellement basses ; il n’y a nulle part trace d’un passage d’un port à l’autre (fig. 121). Mais le travail qu’ont fait les Tyriens, les Sidoniens, les Arvadiens, par exemple, en réunissant les récifs du large par des enrochements artificiels, en les exhaussant par des murs cyclopéens pour protéger leurs mouillages, est à lui seul digne d’admiration. L’unique description que nous ayons du port de Sidon se trouve dans le roman de Leucippe et de Clitophon par Achille Tatius (fin IIIe siècle) ; Pietschmann, dans son histoire, l’a commentée. Voici le texte de Tatius : «Sidon est une ville maritime ; la mer est celle d’Assyrie : la ville est la métropole des Phéniciens ; ses habitants sont les ancêtres des Thébains. Un vaste golfe y forme un double port où vont s’enfermer les flots apaisés. À droite, sur le côté, le golfe s’arrondit et forme une courbe sur laquelle s’ouvre une seconde passe ; les flots qui y pénètrent donnent naissance à un nouveau bassin dépendant du premier. Les vaisseaux vont l’hiver y chercher une mer plus calme ; l’été ils stationnent dans l’avant-port à l’entrée du golfe». C’est sans doute cette disposition, naturelle à l’origine, mais où l’on retrouve des traces de travail fait de main d’homme, qui a donné naissance à la tradition de deux ports communicants. On sait par Diodore quels travaux d’approche exécuta Alexandre pour se rendre maître de Tyr. Dans le port était aménagé un abri pour les galères ; la ville tout d’abord complètement insulaire avait été agrandie par son roi Hiram, qui réunit à la grande île quelques petits îlots rocheux ; la cité disposait, au nord, du port sidonien ; au sud, du port égyptien ; entre les deux étaient les Néories, abri des galères. Le détroit pouvait avoir 100 mètres de large. La digue, construite par Alexandre pour prendre la ville, s’est ensablée peu à peu, de sorte que Tyr est maintenant située sur une presqu’île ; à première vue, on ne trouve plus trace du port phénicien, et l’on discute encore sur sa place exacte.
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