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Actualités - Chronologie

Le chef du Kremlin veut casser les contre-pouvoirs de l'ère Eltsine

L’arrestation du magnat de la presse indépendante Vladimir Goussinski est l’épisode le plus spectaculaire de la lutte que mène Vladimir Poutine pour asseoir son autorité et casser les contre-pouvoirs constitués sous Boris Eltsine, estimaient hier les analystes. Avant même son élection le 26 mars dernier, le président russe avait désigné les deux groupes dont il entendait réduire l’influence : les «oligarques», ces hommes d’affaires jadis tout-puissants au Kremlin, et les «barons régionaux» dont les velléités d’indépendance menacent de faire éclater la Fédération russe. Adepte d’un Exécutif fort et voulant restaurer ce qu’il appelle «la verticale du pouvoir», l’ancien agent des services secrets est un homme pressé et il a lancé sa première attaque contre les régions une semaine après sa prestation de serment le 13 mai. Il découpe alors la fédération formée de 89 «sujets» (régions, républiques, territoires) en sept super-régions à la tête desquelles il nomme ses représentants, dont cinq sont issus de l’armée ou des services de sécurité (FSB, ex-KGB). Une semaine plus tard, il transmet aux députés trois projets de loi qui privent les gouverneurs de leur siège à la Chambre haute et lui donnent le pouvoir de les limoger. «Poutine est pressé de mettre en place sa propre chaîne de commandement et ses propres méthodes pour changer la situation», commente Sergueï Kolmakov du fonds Politika. Le nouveau président doit profiter à fond de la période d’état de grâce qui a suivi son élection pour bousculer les «citadelles» constituées dans les dernières années du règne de Boris Eltsine, à la faveur de la déliquescence du pouvoir. Le président, qui n’est pas issu de la classe politique et dispose d’un réseau de fidèles encore limité, doit porter les plus gros coups avant l’automne s’il veut gagner la bataille, selon les experts. Aujourd’hui, «les gouverneurs doivent être contents que Poutine s’occupe d’une autre affaire», plaisante le politologue Vladimir Pribylovski, Sur sa route, les «oligarques» dont Vladimir Goussinski est l’un des représentants sont en effet le deuxième groupe qui constitue une menace potentielle pour son pouvoir en raison de l’influence qu’ils continuent à exercer sur la vie politique. La cible est loin d’avoir été choisie au hasard. Le premier objectif de l’offensive présidentielle est de réduire au silence la seule voix de l’opposition médiatique au Kremlin. Mais Goussinski est aussi le plus faible des oligarques, à la tête d’un groupe fortement endetté, ce que ne manque pas de rappeler à chacune de ses interventions sur cette affaire le président Poutine. «Goussinski est un canard boiteux», résume l’analyste Evgueni Volk. L’avertissement a d’ailleurs été compris par les autres grands patrons russes qui ont adressé une lettre au parquet pour demander la libération de l’homme d’affaires, dans un geste de solidarité rare dans les milieux d’affaires. «Avec l’un des leurs en prison, ils commencent à penser que cela pourrait leur arriver aussi», explique le politologue Andreï Piontkovski. Face aux barons régionaux et aux «oligarques», «ce sont les mêmes méthodes de recours à la force, d’intimidation et de pression psychologiques», héritées du KGB, qui sont utilisées, ajoute Evgueni Volk. Toute la question est de savoir si Poutine ira jusqu’au bout de son offensive contre Goussinski, malgré les remous en Russie et les critiques de l’étranger. L’exemple de la guerre en Tchétchénie, où le Kremlin est resté insensible aux pressions de l’Occident, laisse à penser que oui.
L’arrestation du magnat de la presse indépendante Vladimir Goussinski est l’épisode le plus spectaculaire de la lutte que mène Vladimir Poutine pour asseoir son autorité et casser les contre-pouvoirs constitués sous Boris Eltsine, estimaient hier les analystes. Avant même son élection le 26 mars dernier, le président russe avait désigné les deux groupes dont il entendait réduire l’influence : les «oligarques», ces hommes d’affaires jadis tout-puissants au Kremlin, et les «barons régionaux» dont les velléités d’indépendance menacent de faire éclater la Fédération russe. Adepte d’un Exécutif fort et voulant restaurer ce qu’il appelle «la verticale du pouvoir», l’ancien agent des services secrets est un homme pressé et il a lancé sa première attaque contre les régions une semaine après sa...